mercredi 2 mai 2018

La saison des échantillons


Année après année, le constat d'une météo capricieuse autour du 1er mai est presque systématique. Devant un bon millier de spectateurs hier à Aire-sur-l'Adour, le soleil qui vint pointer son nez était inespéré.
Avec cette novillada, c'était un avant-goût de ce à quoi peut ressembler la saison française 2018. Corridas et novilladas-concours, corridas de competencia, défis ganaderos... Beaucoup de courses annoncées avec des échantillons d'élevages. Déjà qu'avec un lot complet de six toros ou novillos, il est délicat d'avoir une vision d'ensemble sur une ganadería, cela l'est encore plus avec seulement un ou deux exemplaires. C'est flatteur pour les élevages qui sortent un ou deux bons éléments, et terrible pour ceux qui sortent mal.
Hier, à la fin de la novillada, le ganadero portugais João Folque de Mendoça et son mayoral Joaquim Isidro dos Santos, sont venus récupérer le prix à la meilleure ganadería.. En corridas, les toros de Palha offrent un panel de comportements très variés. En novilladas, et c'est moins fréquent de les voir, ils sont souvent mobiles, encastés et intéressants. On se souvient d'ailleurs que les arènes de Vauvert avaient programmé des novilladas de Palha pendant plusieurs saisons d'affilée, avec à chaque fois de la régularité et des succès. Les deux Palha d'hier, de petits gabarits, âgés de trois ans tout juste, ont donné beaucoup d'intérêt de par leurs caractéristiques. Les Raso de Portillo ont été compliqués, et les María Cascón faibles et nobles. Une novillada variée.
Le contexte était particulier, puisqu'après le combat du troisième novillo, la musique des Arsouillos interpréta le pasodoble Iván Fandiño en mémoire du matador. Émouvant, et cela serait encore plus saisissant en faisant comme le Zortziko à Azpeitia et Deba, et en lançant cette musique au moment où l'arrastre est encore en piste et s'arrête, et où tous les acteurs sortent sur le sable montera en main.
On a remarqué hier, les débuts comme subalterne, dans la cuadrilla de Dorian Canton, du torero montois Mathieu Guillon. Car l'affiche était recomposée, au lieu d'un mano a mano entre Maxime Solera, toujours convalescent et insuffisamment remis, et El Adoureño, deux novilleros furent ajoutés : Baptiste Cissé et Dorian Canton.
Ces trois novilleros du Sud-Ouest eurent donc à affronter des novillos d'élevages différents, et qui dans l'ensemble n'offrirent pas de tiers de piques pour le souvenir. Deux oreilles furent généreusement accordées par le président Marc Amestoy, et elles sont contestables quand on voit les deux conclusions avec l'épée en question. Et il est bon de rappeler que le tour de piste n'est pas une récompense anodine et péjorative pour un torero ou un novillero. Elle existe, et elle vaut même parfois plus que des oreilles.
El Adoureño, fortement secoué par le premier novillo de Raso de Portillo, distrait et qui protestait en gardant la tête haute dans la muleta, affronta ensuite un Cascón faible et noble. Il toréa sans génie, avec les mêmes enchaînements et approximations. Par exemple un farol avec la muleta, ce qui est original pour commencer une série, mais la suite n'a pas de continuité et d'impact. Détails pueblerinos, quelques sifflets lors d'un desplante en fin de faena, et maladresse lors du quite face au sixième novillo, de Palha. El Adoureño devrait pourtant être dans une année de maîtrise. Il a remporté l'an passé le Zapato de Oro à Arnedo, et ce n'est pas rien. Ce qui signifie que ce garçon est capable de bien mieux, et n'a pas du tout trouvé le déclic pour l'heure dans cette saison. Pour le moment les cartouches s'épuisent une à une : Arles, Mugron, Madrid, Aire... Une réaction semble impérative. Les opportunités ne manquent pas mais ne seront pas éternelles. Dès dimanche, c'est à la Maestranza qu'El Adoureño devra se ressaisir.
On a vu chez Baptiste Cissé beaucoup de volonté de bien faire et un esprit novillero. Il eut l'élégance de partager un quite en duo avec Dorian Canton face au deuxième, de María Cascón. Un novillo faible et noble, qui s'éteignit et se retrancha bien trop vite, après un début de faena relâché de la part du novillero landais. Cissé alla accueillir le cinquième de Palha avec une portagayola. C'était un novillo très noble, presque un bonbon, que Cissé cita de loin, et toréa avec application, avant d'enchaîner sur du toreo de proximité. L'adversaire permettait une faena de deux oreilles, et c'est là que l'on vit que Baptiste Cissé était encore un novillero neuf, qui a assez peu toréé en piquée jusqu'à présent, et possède encore une marge de progression. Un trophée pour les efforts et malgré des aciers qui firent défaut.
Dorian Canton est la grande révélation de ce début de saison, et il l'a encore été à Aire, car son sang-froid a été des plus étonnants face à l'opposition la plus difficile de l'après-midi.
Son premier Raso de Portillo, maléfique, se défendit face au cheval, avec des coups de tête, ce qui laissait déjà présager un comportement incertain. Un novillo dur, qui serra le novillero aussi bien à la cape qu'à la muleta. L'accrochage était inévitable, mais après cela, Dorian Canton ne se découragea pas et termina sa faena sans gilet.
Le sixième de Palha, un manso con casta, sortit seul des deux premières piques, puis s'alluma et s'employa à la troisième. Canton commença par trois courageuses passes changées dans le dos, alors que le comportement du novillo déconseillait de telles choses. Le Palha eut beaucoup de gaz, de mobilité, et des charges vibrantes. Une épée tombée au quatrième essai délivra une oreille généreuse. Mais Dorian Canton se fit passer ce novillo de Palha près, très près, lors d'une faena avec de l'intensité, et plus de coeur que de technique. Mais c'est aussi cela la novillada.

Florent

lundi 30 avril 2018

Arènes de plage


Souvenir d'une corrida de Robert Margé, le 30 avril 2016 aux arènes de Palavas, avec Juan Bautista en seul contre six. Il y avait un vent infernal ce jour-là alors que le lot de toros était bien présenté et fort intéressant.
Malheureusement, c'est la dernière année où il y a eu des corridas à Palavas. On qualifiait souvent d'arènes de plage les plazas situées sur le littoral, de façon un peu péjorative, du fait de leur emplacement géographique, et à cause de la légèreté dans les critères des publics. Mais ces arènes organisant toutes des corridas et des novilladas permettaient la continuité de la tradition taurine. Un terrible constat, en 2018, sur le littoral méditerranéen, côté français, il ne semble rester qu'une seule arène de corridas : les Saintes-Maries-de-la-Mer.
La liste d'abandons, pour sa part, s'est allongée : Fréjus, Le Grau-du-Roi, Palavas, Le Barcarès, Saint-Cyprien, Argelès-sur-Mer, Collioure... Et côté espagnol, elle est encore bien plus conséquente.

Florent

lundi 23 avril 2018

Adiós, Chulo !

En mémoire de Bernard.

lundi 9 avril 2018

"Pedrajas de Yeltes"


Mais pour aller à Garlin, il faut passer par Aire. Pour la première fois depuis ce foutu 17 juin 2017. A Aire, là où coule l'Adour, il y a cette longue allée, et au bout les arènes. En les regardant, on a encore du mal à réaliser le malheur qui s'y est tramé. Une plaza de toros reste une plaza de toros, mais celle-ci, comme un vaisseau en béton, les jours de pluie, où il n'y a pas de corridas, n'offre guère un paysage joyeux. Il faut dire aussi que l'architecture des années 70, et l'urbanisme de cette époque-là en général, n'a pas fait que des choses heureuses. Mais l'on retournera voir des toros et des toreros à Aire, bientôt.
Pluie constante donc ce dimanche matin, sur le chemin de Garlin. De quoi craindre un effet sur le déroulement ou non des deux courses de la journée. En Espagne, ces derniers temps, il pleut beaucoup... sur les guichets aussi serait-on tenté de dire. Car pas mal de corridas de l'autre côté des Pyrénées ne sont plus annulées au moment du paseo à cause de la flotte, mais quelques jours auparavant pour cause de "prévisions météorologiques de pluie". A Garlin, le temps très maussade n'a découragé personne, pas même le public, et encore moins les organisateurs qui se sont longuement démenés afin de remettre la piste en état.
En appréciant les sorties de Pedraza de Yeltes, qui est encore un élevage récent, avec tant de vueltas aux toros, tant de saluts ou de vueltas du mayoral, et tant de distinctions en fin de saison... on ne peut s'empêcher de penser... à ce qu'étaient les Guardiolas. Jusqu'à quatre fers dans la maison Guardiola. Deux d'origine Villamarta, et bien sûr deux d'origine Pedrajas, dont le célèbre fer de María Luisa Domínguez Pérez de Vargas, plusieurs galeries de trophées à lui tout seul. Toutes proportions gardées, Pedraza de Yeltes aujourd'hui, rappelle l'épopée et la régularité des Guardiolas. Ce n'est pas la même origine, ni la même morphologie, mais il y a pas mal d'éléments en commun qui entraînent la comparaison.
Des six novillos combattus à Garlin hier après-midi, dans l'ordre Campeador, Medicito, Tontillo, Pomposito, Huracán, Fantasioso, aucun ne fut médiocre, et tous avaient du relief. Une belle et grande novillada, sérieuse en prestance, avec des novillos hauts, longs, et cette morphologie qui distingue Pedraza parmi tant d'autres élevages. Ces carcasses qui sont de loin reconnaissables.
Beaucoup de novillos hier furent applaudis à leur entrée en piste, et encore plus au moment de l'arrastre. Tour de piste au brave troisième "Tontillo". Des novillos qui malmenèrent la cavalerie, désarçonnant parfois les cavaliers, et supportant en tout cas les longues piques parfois administrées. Ensuite, de la mobilité, de la caste, de la vivacité, et une noblesse exigeante qui donne beaucoup de relief.
Sur une piste pas forcément évidente à cause de la pluie, les Pedraza ont laissé cinq oreilles, plus ou moins généreuses et justifiées. Mais il faut en tout cas opter pour davantage de novilladas, et aller en voir. Parce que c'est l'avenir, et puis un lot de novillos qui bouge avec en face trois jeunes aux styles différents, c'est toujours d'un grand intérêt.
Angel Jiménez s'était qualifié au cours de la fiesta campera matinale, avec déjà derrière lui de longues années en novilladas piquées. Il est annoncé pour le mois de juillet à Céret, et hier matin, il l'emporta face à son concurrent Rafael González, homonyme du banderillero et ancien matador... qui avait pris l'alternative en 96 à Céret. Lors de la novillada, Angel Jiménez développa un style très sévillan, avec de beaux gestes, du temple, de la profondeur, et par moments un peu trop de marge dans la distance avec ses adversaires, mais il coupa deux fois une oreille et laissa une bonne impression.
Antonio Grande, de Salamanque, est à revoir et doit acquérir plus de métier. Faenas longues malgré de la volonté, un lourd accrochage à son second, et surtout une bonne épée lors de son premier combat, ce qui lui permit d'obtenir un trophée.
On constate que le béarnais Dorian Canton fait venir du monde aux arènes, autant à Mugron lundi dernier qu'à Garlin hier. Et il est un novillero surprenant. A tout juste 17 ans, il affrontait hier deux adversaires au volume beaucoup plus proche du toro que des erales et de la catégorie des non piquées qu'il vient tout juste de quitter. Au troisième "Tontillo", si l'épée lui fit défaut, c'est là qu'il laissa les meilleures sensations. On ne l'attendait absolument pas à un tel niveau technique, et aussi avec un tel courage, en restant avec beaucoup de quiétude face aux charges vives d'un brave Pedraza. Il sut donner la distance dans les cites au cours de cette faena, et se fit sérieusement soulever, heureusement sans conséquences, avant d'enchaîner sur une très bonne série droitière. Là, en estoquant bien, il aurait déjà eu un beau triomphe.
C'est le dernier Pedraza, longuement piqué, qui lui permit de repartir avec deux oreilles, largement plébiscitées par les gens qui avaient fait le déplacement pour le voir. Mais l'on ne va pas gueuler, car après tout, le "paisanaje", c'est-à-dire l'appui au torero ou novillero du coin, est quelque chose qui a toujours existé en tauromachie, aux quatre coins de la planète taurine. Dorian Canton doit avancer pas à pas, mais il semble, malgré son très jeune âge, techniquement prêt, avec quelques réglages supplémentaires, pour des rendez-vous importants, et devant des élevages variés.
Quant à celui de Pedraza de Yeltes, il a permis une fois de plus de passer un après-midi sans ennui.

Florent

(Photo de Niko Darracq)

vendredi 6 avril 2018

Pedraza Tour


Si la ganadería de Pedraza de Yeltes est en haut de l'affiche, cela fait seulement cinq ans qu'elle s'est présentée en France. Et ce ne sont que six arènes qui ont eu le privilège d'en avoir.
Garlin d'abord, qui depuis 2013, programme chaque année au mois d'avril une journée Pedraza de Yeltes avec huit novillos, deux le matin pour une fiesta campera de qualification, et six l'après-midi en novillada. L'autre arène qui a proposé des novillos de Pedraza, c'est Saint-Perdon, pour la traditionnelle novillada-concours aux arènes de Mont-de-Marsan, à quatre reprises.
L'émotion, en tauromachie, ne se quantifie pas en toros graciés, en tours de piste ou en sorties en triomphe. Mais la régularité de ce récent élevage est plus que surprenante.
44 novillos combattus, entre ceux des novilladas et fiestas camperas de Garlin, et ceux des novilladas-concours de Saint-Perdon. Six exemplaires primés d'un tour de piste, et deux fois le prix au meilleur novillo à Saint-Perdon.
En corridas, ce sont seulement quatre arènes qui en ont vu défiler sur leurs sables respectifs : Dax avec quatre corridas complètes, Arles avec deux corridas complètes, Vic-Fezensac et Nîmes avec un toro. 38 exemplaires au total, six tours de piste, trois fois le prix à la meilleure corrida de la saison dans le Sud-Ouest !
Si parfois on a tendance à déplorer les mouchoirs bleus faciles, en ce qui concerne Pedraza, ils sont très rarement galvaudés, tout cela parce que le toro type de la maison a de quoi satisfaire pleinement l'aficionado. Forte présence physique, combativité à la pique puis à la muleta, où s'ils permettent le triomphe, ces toros-là restent très exigeants. Toros de sueur, qui obligent les toreros à se surpasser.
Cinq ans seulement, et plein de souvenirs déjà, des Miralto, des Bello, des Resistente, des Potrillo, des Brigadier...
Et pour 2018, hormis la novillada de Garlin ce dimanche, trois corridas portant le fer de Pedraza de Yeltes seront combattues en France. Sept toros pour Dax, la plaza fétiche de l'élevage en corridas, une corrida à Vic-Fezensac pour Pentecôte, et aussi une corrida à Béziers, où déçus par la traditionnelle corrida de Miura de l'an dernier, les organisateurs ont cette fois décidé d'opter pour Pedraza de Yeltes en espérant que ce lot sera dans la lignée de ce qui a fait le succès de l'élevage.

Florent

(Image de Niko Darracq : Le toro Brigadier en 2017 à Dax)

mercredi 4 avril 2018

Nîmes et Pablo Romero


En découvrant la programmation de la feria de Pentecôte de Nîmes 2018 ce midi, on pouvait reconnaître des élevages et des matadors habitués de ces arènes, accompagnés de toreros plus jeunes.
Et aussi, en corrida d'ouverture, le vendredi 18 mai, des toros de Partido de Resina, anciens Pablo Romero, pour Rafaelillo, Thomas Dufau et Juan Leal.
Voilà quinze ans qu'il n'y avait plus eu un lot de Partido de Resina aux arènes de Nîmes, et c'était une corrida de la feria des Vendanges 2003 pour les deux nîmois Stéphane Fernández Meca et Denis Loré, ainsi que le catalan Serafín Marín. Il y aurait aussi dû y avoir une corrida de Partido de Resina en ouverture de la feria 2011, mais celle-ci n'avait pu être embarquée et combattue.
Un peu d'histoire, car il y a un club taurin à Nîmes qui porte le nom des "amis de Pablo Romero", fondé au tout début des années 90. En 1994 d'ailleurs, il y avait eu une corrida dite du centenaire, pour commémorer la première sortie nîmoise des toros de l'élevage andalou.
Le maestro Stéphane Fernández Meca en avait aussi combattu dans son arène en 1996, comme on le voit sur cette image de François Bruschet. Et l'on se doute, en voyant la morphologie et l'attitude du toro, que ce n'était pas une promenade de santé. 1996, probablement l'année du début de la remontada de Stéphane Fernández Meca, à qui certains ne voyaient aucun avenir et disaient que c'était impossible. Une remontada qui portera le torero vers une belle carrière, en faisant notamment partie des spécialistes des toros de Victorino Martín, dixit le ganadero lui-même. Une sacrée reconnaissance.

Florent

mardi 3 avril 2018

Outsiders devenus favoris


El Adoureño arrivait hier à Mugron en novillero mystérieux. C'était sa première novillada piquée dans le Sud-Ouest, bien des années après sa dernière apparition en sans picadors dans la même région. La rumeur avait fini l'an dernier par le présenter en "novillero puntero", car il faisait partie des trois ayant le plus toréé dans la catégorie. En 2017 d'ailleurs, il n'avait pas été engagé une seule fois dans le Sud-Ouest, et cette année, il est d'ores et déjà annoncé partout ou presque sous forme de compensation. Ce qui est un instrument à double tranchant, et une position pas forcément évidente à assumer.
Vainqueur du prestigieux Zapato de Oro à Arnedo, ce qui lui a permis d'engranger de nombreux contrats. De beaux costumes neufs aussi, celui de Mugron, celui d'Arles la veille, où d'après les échos cette sortie fut un échec. Une camionnette avec écrit "El ciclón francés", une comparaison extrêmement prématurée avec Juan José Padilla. Et aussi, une alternative déjà annoncée pour le mois de septembre à Dax avec Enrique Ponce et Alejandro Talavante. Tout cela fait beaucoup de pression.
Et hier, on a senti El Adoureño peut-être un peu apeuré par cette situation inespérée encore l'an dernier à la même époque.
C'est comme dans le sport en fait, quand un jeune commence à obtenir des résultats, avec de nombreux espoirs bâtis autour de lui, ce n'est pas évident d'être à la hauteur.
El Adoureño, face à deux novillos nobles, a fait preuve d'une tauromachie heurtée. Avec parfois des détails de vrai novillero, mais beaucoup d'approximations, ce qui est étonnant pour quelqu'un qui a beaucoup toréé l'an dernier. Une énorme rouste sur une bernadina sans épée face à son premier le mit groggy et sembla le sortir de la novillada. Aciers défaillants les deux fois, et navigation difficile pour l'Adoureño. Il paraissait déboussolé, mais garde l'avantage d'avoir sur l'agenda de nombreuses opportunités pour redresser la barre, ce qui est un luxe pour un novillero. A lui de ne pas passer à côté.
L'élevage navarrais de Pincha était lui aussi très attendu. Un lot inégalement présenté, avec certains novillos d'origine Gerardo Ortega et d'autres de Marqués de Domecq, les trois derniers exemplaires gachos, aux berceaux de cornes fermés, et les autres mieux armés. Ils eurent néanmoins, en règle générale, du fond et de l'intérêt dans les combats.
La novillada, elle, fut très longue, quasiment trois heures. Et on remarque la tendance des novilleros à allonger excessivement les faenas. Déjà le matin, pour la non piquée, on avait vu un novillero toréer jusqu'à la sonnerie du premier avis.
Les lidias des novillos de Pincha furent en général lamentables, la preuve avec l'image insolite du combat du premier bis, quand deux subalternes se percutèrent à la sortie d'une pose de banderilles. Insolite, mais cela aurait pu être terrible. La cuadrilla qui fonctionna le mieux fut celle de Dorian Canton.
Les piques, comme la lidia, furent médiocres et mal portées, même s'il est vrai que la configuration de la piste de Mugron est difficile.
On a remarqué lors de cette novillada qu'un torero comme Roca Rey, récent matador d'alternative, faisait déjà de nombreux émules, car on voit souvent repris ses enchaînements spectaculaires comme les passes changées dans le dos.
Celui qui eut le plus de torería aura été le madrilène Carlos Ochoa. Son premier Pincha se blessa irrémédiablement après une erreur d'un subalterne ayant fait dépasser sa cape du burladero. Le novillo de réserve du même élevage, fortement piqué à trois reprises, avant vuelta de campana, accusa le coup au dernier tiers. Face à ce novillo noble, les meilleurs passages de Carlos Ochoa furent donnés de la main gauche en fin de faena. Mais c'est surtout la bonne estocade qui lui permit de couper une oreille.
Le quatrième envoya lourdement la cavalerie au sol après une première rencontre sans mise en suerte. Il s'agissait d'un novillo manso et exigeant, mais qui venait bien et mettait la tête dans la muleta à condition de capter cette charge. Et Carlos Ochoa sut le faire, avec métier, élégance, au cours d'un travail méritoire de domination. Les aciers lui firent perdre le succès, puisqu'il pincha.
Par rapport à El Adoureño qui était la tête de série en méforme, le débutant Dorian Canton sembla beaucoup plus motivé, et commença par des largas à genoux. On doit lui reconnaître le mérite de s'être aligné dans cette novillada (Baptiste Cissé qui avait débuté en piquée l'an dernier dans la même arène, en étant digne, aurait pu lui aussi faire partie de l'affiche), car il ne sera même pas resté un an en novillada sans picadors.
Hier, la chance du débutant l'a accompagné puisqu'il toucha le meilleur lot. D'abord le troisième, bien armé, le plus sérieux de l'après-midi. Un novillo avec de la présence, de la noblesse, et qui aurait nécessité une muleta plus ferme et expérimentée. Canton s'en sortit assez bien eu égard à son statut, sans pour autant en profiter totalement.
Au sixième, accompagné par son public, il montra encore de l'envie, même si le travail aurait mérité davantage de distance et moins de répertoire encimista. Une estocade entière. Deux oreilles plébiscitées avec autant de générosité que ne peut en avoir une rencontre Tinder. Et le prix au triomphateur.
Mais pour les uns comme pour les autres, attention à ne pas s'enflammer, car si l'on promet monts et merveilles, et lendemains éblouissants, parfois, la réalité est terriblement plus compliquée.

Florent

Aignan y Toros


Aignan ce dimanche, trois toros de Concha y Sierra puis trois du Curé de Valverde, aucun d'entre eux ne fut exceptionnel, mais l'on a assisté à une véritable corrida de toros.
Présentation et armures sérieuses, des tiers de piques jamais écourtés avec 18 rencontres pour deux chutes de la cavalerie, et des toros variés mais jamais évidents. Bel engagement d'Octavio Chacón (grand lidiador, mais ce n'est plus une découverte) et de Manolo Vanegas, huit jours après sa blessure, tandis que les médecins lui prescrivaient trois semaines de repos. Et des estocades sincères, de Chacón, de Vanegas, et également de la part de Pepe Moral, même si il a été le moins en vue face à un lot compliqué.
Niveau présentation des toros, on remarqua entre autres le quatrième, du fer de Valverde, largement armé, et qui aurait pu sortir dans bien d'autres arènes. Sur le fond et la forme, Aignan a présenté ce dimanche une course sérieuse et de catégorie

Florent

jeudi 29 mars 2018

Lidia d'or


L'aficionado est souvent pessimiste par nature. Pas dans les faits, parce qu'il se rend encore aux arènes, et ce malgré qu'il lui arrive parfois de jurer, à propos de certaines affiches, qu'on ne l'y reprendra plus. Le pessimisme se situe avant tout dans le discours, ce qui n'a là rien de nouveau.
Et l'on doit absolument se souvenir d'une époque pas si lointaine, où l'on dressait des constats alarmistes à tous les niveaux. Notamment : qui comme lidiador du futur ? Qui pour succéder à Esplá, à El Fundi et consorts ? Qui pour s'imposer devant les corridas dites "dures" ?
Cela fait un petit moment, ne serait-ce que depuis l'an dernier, que l'on remarque qu'il existe bon nombre de toreros aptes à s'imposer face à des corridas de tempérament. De là à faire une carrière de longue durée en la matière, c'est une autre question, mais il y a un vrai potentiel à l'heure actuelle au sein d'une génération fournie.
Parmi eux, un nom qui semble incontournable en ce début de saison 2018 : Octavio Chacón. Un matador avec une présence en piste, et du pouvoir face au toro. Lidiador solide. L'an dernier, à Vic-Fezensac, face à un toro de Dolores Aguirre, il proposa une lidia parfaite, dès l'entame à la cape, dans la façon de mener le toro à la pique et de diriger ensuite le combat. Sûrement l'une des lidias les plus abouties de sa saison, marquée par la régularité.
On voit chez Chacón en plus des qualités techniques une capacité à s'adapter, et à faire ressortir beaucoup de force de chaque combat.
Et pourtant, il y a quelques saisons à peine, il était condamné à l'anonymat des petites arènes. Ce jour où il a fait le paseo à Vic, en juin 2017, cela faisait quinze ans qu'il n'avait plus toréé dans le Sud-Ouest. Une novillada en 2002 à Saint-Sever. Une éternité.
Mais surtout un beau signe face au pessimisme, et quand on croit que tout est foutu. Ce qui n'est pas le cas.
On regardera donc avec attention cette nouvelle saison importante pour Octavio Chacón, mais également pour d'autres toreros capables de briller dans le même créneau.

Florent

(Photo de Niko Darracq : Octavio Chacón aux arènes d'Orthez)

mercredi 28 mars 2018

Pincha à Mugron


Il portait le numéro 30, cela aurait pu être un gardois, mais c'était un navarrais. Rascatripas, novillo de l'élevage de Pincha, le tout premier combattu en France, l'été dernier à Mont-de-Marsan, pour la novillada-concours des fêtes de Saint-Perdon. Après un tour de piste accordé à ce novillo, l'éleveur José Antonio Baigorri avait obtenu le prix.
Ce résultat était dans la lignée des sorties de l'élevage de Pincha (aux origines Gerardo Ortega et Marqués de Domecq) ces dernières années, avec beaucoup de régularité, et des exemplaires intéressants du début à la fin du combat.
Ce lundi 2 avril à Mugron, Pincha fera combattre son premier lot intégral en France, avec forcément beaucoup d'attentes.
En face : les novilleros Carlos Ochoa, El Adoureño et Dorian Canton.
Cette jolie photo de sortie du toril est signée Laurent Bernede.

Florent