mercredi 22 février 2017

En attendant les Valdellán

Élevage dont on avait l'habitude en France ces dernières saisons mais qui ne viendra probablement pas en 2017 : Valdellán.
Devenu habituel, car il a connu ici pas mal de succès retentissants. Dernier événement marquant en date, le toro "Cubano" en 2015 à Vic-Fezensac, purement exceptionnel.
Il y avait aussi eu une très grande novillada dans les mêmes arènes en 2013, avec à l'image le superbe "Pies de Plomo", capté dans les corrales quelques jours avant la novillada par le vicois Yann Bdn.
Valdellán paye certainement ses résultats décevants de 2016 : corridas à Vic-Fezensac et Saint-Vincent-de-Tyrosse, novillos à Aire-sur-l'Adour.
Mais comme on ne peut pas passer de 2015 à un toro comme "Cubano" à 2017 au néant, il faudra être attentif. Et surtout voir cet élevage d'encaste Graciliano revenir, car il a déjà apporté beaucoup d'émotion.

Florent

mardi 21 février 2017

Séville 2017

Tour de piste d'un matador, d'un picador et d'un mayoral. Tomás Campuzano, Francisco Martín, et Luis Saavedra, emblématique mayoral de la maison Guardiola. Séville 1988.
Le genre d'image que Séville aura du mal à voir dans un futur proche, avec ses affiches presque toutes tournées vers les corridas de figuras. Et puis parce que Luis Saavedra est mort, que la superbe maison Guardiola a périclité et que la quasi-totalité du bétail est partie à l'abattoir.
Des affiches de Séville tournant en large majorité autour des vedettes donc, mais laissant une petite place (il faut le reconnaître) aux jeunes promesses. Vedettes que l'on considère ainsi, et pour lesquelles, sans même évoquer les fers les plus "toristas", ce serait le bout du monde de s'annoncer avec des toros de Cebada Gago ou de Baltasar Ibán. Mais Séville semble bien peu se soucier de ce qui peut se passer ailleurs sur la planète des toros, que ce soit en France, ou même au Mexique : dernier exemple en date, Sergio Flores qui a ouvert deux fois la grande porte de México cet hiver n'est pas à la Maestranza.
Et Séville qui, par ailleurs, programme des alternatives traquenards en toute fin de saison. Traquenards pour ceux qui les prennent, si jamais une des vedettes les accompagnant s'avérait dans un grand jour... les mettant ainsi à l'anonymat pour au moins plusieurs années.

Florent

jeudi 9 février 2017

Blanc comme un linge (Rétro 97)

À bien y réfléchir, il y a vraiment quelque chose de flippant à la vue du tunnel des arènes d'Arles. Un lieu pas comme les autres, et pour tout dire, pratiquement unique sur la planète des toros.
Un tunnel de quasiment cent mètres de long, sombre, faisant partie des multiples galeries de l'amphithéâtre romain. En entrant sous le parvis des arènes, c'est ce tunnel qu'empruntent les toreros pour se rendre jusqu'à la piste.
On ne pourra jamais savoir ce que pense un torero dans les heures et les minutes qui précèdent un paseo, mais il est en revanche quasiment certain que ce long tunnel a dû en faire cogiter plus d'un.
Peut-être que ce fut le cas de José Tomás ce jour de la feria du Riz 1997 ?
Le lendemain de cette corrida, le journal Midi Libre avait titré "Ce n'est pas le vrai José Tomás".
Une corrida sous un ciel gris, José Tomás dans un costume de couleur claire, céleste et or, et un visage au teint pâle. Le torero écouta les broncas, tout en paraissant complètement absent du sujet.
L'histoire ne retiendra pas cette corrida, et c'est normal, car il n'y avait rien eu de transcendant. Au départ, les toros devaient être de Domingo Hernández, mais la commission taurine les refusa. En fin de compte, c'est un lot d'Ana Romero, élevage d'encaste Santa Coloma, qui vint dépanner ! Deux des toros d'Ana Romero furent par ailleurs remplacés durant la course par des Sepúlveda.
Et face à ces toros, pas n'importe qui... César Rincón, Joselito et José Tomás ! Un cartel qui, programmé aujourd'hui, ferait flamber la revente jusqu'à l'infini. Mais pas ce jour-là, puisque les arènes d'Arles affichèrent à peine trois quarts d'arène.
Il faut dire que la gloire de José Tomás était récente à ce moment-là, et que les trois toreros avaient généralement été beaucoup vus depuis le début de la saison 97.
Ce qui conduira peut-être José Tomás à se raréfier une fois réapparu en 2007. Toréer peu mais créer l'effervescence à chaque fois, et assurer le "No Hay Billetes".
Ce jour de septembre 1997, José Tomás a pris à Arles deux broncas de luxe. Celles que peuvent se permettre les vedettes de la tauromachie, car l'afición les oubliera vite et ne leur en tiendra pas rigueur. Une chose injuste au fond, car les broncas condamnent parfois définitivement des toreros de bien plus modeste condition.
Néanmoins, après sa coupure allant de 2002 à 2007, José Tomás a gommé cet aspect apathique qui pouvait lui survenir dans l'arène. Ces dix dernières années, il a toujours mis les chances de triomphe de son côté, en choisissant méticuleusement les corridas à combattre.
Lointain souvenir que cette corrida de 97 à Arles. Dans les bonnes comme dans les mauvaises, il faut savoir garder l'afición. Ce jour-là, José Tomás avait été hué, et César Rincón ne fut pas au top. Le seul qui s'en tira sans dommage, ce fut Joselito, avec beaucoup de sérénité et des gestes de classe. C'est vrai d'ailleurs, quand on revoit des images de Joselito quand il était encore en activité, c'était vraiment un torero plein de classe !
Pour la feria suivante aux arènes d'Arles, celle de Pâques 1998, José Tomás revint à l'occasion d'une corrida goyesque... Avec encore des sifflets. Depuis, il n'a plus jamais affronté le tunnel des arènes d'Arles.

Florent

dimanche 5 février 2017

L'alternative (Rétro 97)

Rares sont les domaines où la symbolique domine autant. L'alternative d'un torero est un passage de témoin, et pas seulement au sens figuré.
Date clé d'une carrière, même si bien souvent, c'est à partir de ce point que commencent les galères.
Une alternative est toujours un moment à part. Il faut aussi se méfier des modes, celles qui proposent des alternatives de luxe à des novilleros. Des alternatives qui font jolies en photo, mais desservent complètement le nouveau matador. Seulement vouées à ouvrir l'affiche à un torero-vedette, qui de ce fait, n'aura pas à affronter le premier toro de l'après-midi. Une alternative ne doit jamais être un prétexte à cela, et il faut respecter le nouveau matador qui joue une grande partie de son avenir à cet instant-là. Et ce n'est pas plus mal pour lui s'il se retrouve avec un parrain et un témoin un peu moins prestigieux par rapport à ce dont il aurait pu rêver.
En 2017, on compte 62 matadors de toros français dans l'histoire. Il y a eu plus d'alternative depuis vingt ans que durant tout le siècle auparavant.
Ludovic Lelong, dit "Luisito", est le 29ème d'entre eux.
Dans les années 90, il était moins évident qu'aujourd'hui de se faire une petite place avec l'étiquette de torero français, et puis l'héritage de Christian Montcouquiol "Nimeño II" aussi, qu'il fallait assurer et défendre.
Luisito, qui a beaucoup toréé en tant que novillero avec picadors depuis ses débuts en 1994, vient de Normandie. Curieux parcours pour ce jeune homme qui du haut de ses 21 ans, le 16 août 1997, prend l'alternative aux arènes de Bayonne.
Un beau défi à relever. Des arènes quasiment pleines. Des toros de Los Bayones, Enrique Ponce comme parrain, et Francisco Rivera Ordóñez comme témoin. A 900 kilomètres de chez lui, Luisito bénéficie tout de même de la présence de ses amis, ceux de Nîmes, ceux de Normandie, ainsi que du maire de Cherbourg qui a fait le déplacement exprès !
Dans un habit bordeaux et or, Luisito prend l'alternative face au toro "Madriguero", et s'offre une sortie en triomphe en compagnie d'Enrique Ponce !
Lui qui avait un beau statut d'espoir en tant que novillero attendra beaucoup des saisons suivantes. En vain. Malchance, promesses non tenues, et tant d'autres choses.
La chance, peut-être qu'elle aurait pu sourire ce jour de la feria de Pentecôte 1998 à Nîmes, face à des toros de Cebada Gago. Mais les nuages remplirent la ville de flotte ce jour-là et la corrida dut être annulée.
Ludovic Lelong rangea définitivement le matériel de torero en 2004, après une dernière corrida au Grau-du-Roi, tournant le dos par la même occasion à cette passion pour les toros et à ce rêve de torero.
Dure réalité du monde de la tauromachie, qui peut parfois briser des rêves et amener les hommes qui la font vivre au dégoût et à l'envie de fuir.
Un monde où les qualités humaines et le toreo ne suffisent pas. On ne le dit ou on ne l'écrit que rarement, mais c'est un domaine où le relationnel joue à fond.
Luisito a cessé de s'habiller de lumières en 2004. Bien des années plus tard, l'envie de lancer la carrière d'un jeune torero lui est venue. Celle du sévillan Pablo Aguado. Ensuite, ce fut (et c'est encore) l'envie de relancer celle du matador Emilio de Justo. Et offrir ainsi à la tauromachie ce qu'il ne peut plus faire comme torero en habit de lumières.
Elles sont belles quand même les photos d'alternatives, avec les sourires et les espoirs qu'elles suscitent. Ce sera toujours un fait majeur d'une carrière. En cette année 97, Luisito quittait les arènes de Bayonne en triomphe avec Ponce. A Burgos, dans le Nord de l'Espagne, Morante de la Puebla prenait l'alternative sous la pluie alors qu'il est un pur Andalou.
Et comme chaque après-midi de toros, une alternative n'échappe pas aux règles de la corrida. Triomphe, indifférence, malheur, ou drame. Deux français ont pris l'alternative en 1997. Luisito à Bayonne au cours d'une corrida à l'issue heureuse. Le lendemain, 17 août 1997 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c'était au tour de Lionel Rouff dit "Morenito de Nîmes" de recevoir l'alternative. Avec beaucoup moins de chance pour sa part : un grave coup de corne de quatre trajectoires à la cuisse face au toro de la cérémonie.

Florent  

vendredi 27 janvier 2017

Éloge de la force (Rétro 97)

Il existe plusieurs écoles dans le domaine du tiers de piques. Des pensées qui s'opposent et débatent. D'un côté les idées d'Alain Bonijol, celles qui impliquent des chevaux plus légers, plus mobiles, et qui permettraient des tiers de piques plus intenses.
Et de l'autre côté – composé de pratiquement tous les autres acteurs du premier tiers –, la volonté de garder les chevaux tels qu'ils ont pu être par le passé, en étant indifférent au critère du poids. Ceux-là disent que "pour le toro qui pousse, quel que soit le gabarit du cheval en face, cela reviendra au-même, et il pourra le faire chuter dans tous les cas".
Quant à Alain Bonijol, sa montée en puissance a permis bien des choses. Et notamment celle de voir en France des tiers de piques – avec plusieurs rencontres entre le toro, le cheval et le picador – quasiment inconcevables en Espagne et ailleurs. Il est vrai que les arènes françaises sont les mieux loties en matière de tiers de piques.
Cette photo a été prise par Bernard Hiribarren, et elle est parue dans la revue Semana Grande, la première année de son existence, en 1997.
On y remarque une lourde monture de chez Fontecha (ancien fournisseur de chevaux de piques dans de nombreuses arènes)... mais dont le poids est indifférent face à la puissance du toro de Loreto Charro. Bayonne, 10 août 1997, toros de Loreto Charro pour Manuel Caballero, El Tato et Canales Rivera. Ce lot de toros, d'origine Atanasio Fernández, recevra à la fin de la saison 97 le prix à la meilleure corrida de l'année dans le Sud-Ouest.
Je me souviens très bien de cet instant, de ce cheval qui décolle, à deux doigts d'atterrir en contre-piste. Et cette possibilité d'admirer la puissance absolue d'un toro de combat.
En revoyant ces instants immortalisés par la photo, il y a de quoi être subjugué par cette force. D'autres images, comme celle du Loreto Charro à Bayonne, laissent bouche bée. L'une des plus connues, c'est celle de Michel Volle en 1995 à Céret, et d'un novillo de Dolores Aguirre soulevant à un mètre de hauteur un cheval de la famille Heyral. 

Florent

jeudi 26 janvier 2017

Curro à Béziers (Rétro 97)

En repassant l'historique complet de saisons lointaines, on tombe parfois sur des curiosités. Année 1997 : Curro Romero à Béziers !
Remarquez, il était déjà venu dans des arènes héraultaises par le passé : à Palavas. En 97, deux corridas en France pour lui : Nîmes à Pentecôte et Béziers en août.
Cela a quand même de quoi étonner le Pharaon à Béziers ! Parce que c'est une feria de l'été, et que le public ne vas pas forcément y chercher un toreo rare et parfumé.
Ce 15 août 1997, l'année de ses 64 ans, c'était la première (et dernière !) fois que Curro Romero foulait le sable des arènes du plateau de Valras.
La photo, à la fin du paseo, est parue dans la revue Barrera Sol. Elle est l'oeuvre d'Éric Catarina. Il est bien aussi d'évoquer Barrera Sol, revue de Régis Merchan, aujourd'hui disparue, mais qui avait largement sa place dans le panorama des revues taurines. Polémique, satirique aussi parfois, mais complète. Et au niveau photos, une large place offerte dans ces pages et qui permettait de découvrir des clichés qu'on ne voyait pas ailleurs ! En les rouvrant bien des années après, on peut retrouver dans les numéros de Barrera Sol des photos rares et précieuses, ainsi que des anecdotes.
Curro Romero est quant à lui venu à Béziers cette seule fois, le 15 août 1997. Trois ans avant l'annonce de sa retraite, à la radio, en octobre 2000, après avoir toréé un dernier festival dans les arènes de La Algaba (province de Séville), où des roues de charrettes font office de barrières autour de la moitié de la piste.
Les comptes-rendus de la corrida de Béziers racontent qu'il faisait chaud. Que les toros étaient de Javier Camuñas, un élevage qui deviendra ensuite Teófilo Segura puis Torreherberos. Curro Romero, quasiment 64 ans, est chef de lidia devant Enrique Ponce et le vénézuélien Leonardo Benítez. Ce dernier se distingue, et coupe trois oreilles. Leonardo Benítez sera ensuite connu comme faisant partie des toreros-fumeurs de cigares en callejón.
Curro Romero, attraction principale de cette course, n'a pas été en proie à l'inspiration. Les toros étaient d'assez modeste présence, et le Pharaon, à peine entré en piste, dut subir les engueulades et quolibets du public biterrois. Silence et grande bronca. Circulez. De celles qui ont fait la légende de l'éternel Curro.

Florent

mercredi 25 janvier 2017

À jamais le premier (Rétro 97)

Seigneur de Camargue. Monsieur Hubert Yonnet, à jamais le premier.
Y'a vingt ans, s'il était bien entendu ganadero, prolongeant ainsi la très vieille histoire familiale, Hubert Yonnet était également le directeur des arènes d'Arles.
Un matin de la feria de Pâques 97, il y avait une novillada piquée de son élevage. L'un des six Yonnet, "Carabin", fut même honoré d'un tour de piste. Tentant crânement sa chance dans tous les instants de la lidia, c'est le tout jeune Rachid Ouramdane, plus connu sous le pseudonyme de "Morenito d'Arles", qui tira son épingle du jeu et sortit en triomphe après avoir coupé deux oreilles. Les deux autres novilleros étaient eux aussi du cru : Charlie Laloé "El Lobo" et Gildas Gnafoua "Diamante Negro".
En France, la ville d'Arles possède une particularité qui n'est pas anodine. C'est la plus grande commune de l'hexagone en superficie ! Elle s'étend au Sud jusqu'à Salin-de-Giraud, là où est justement situé le Mas de la Bélugue, où vivent la famille Yonnet et leurs toros.
Hubert Yonnet prit la tête des arènes d'Arles dans les années 80, et passera le témoin à la famille Jalabert en 1999. À bien y regarder, c'est délicat de diriger une arène comme Arles. Être directeur de cette arène, c'est même une position sociale à part entière.
La responsabilité est grande, et il y a très nombreuses ganaderías sur le (grand) territoire de la commune. Ce qui implique un nombre important d'observateurs et de commentateurs au moindre faux-pas. Et puis, il faut bien un jour laisser au moins une opportunité à chacun de ces éleveurs, ne pas apparaître comme snob et égoïste.
En 2017, c'est toujours à Arles et dans ses environs que se joue l'actualité et l'avenir des ganaderos français. Au campo.
Trois ans après la disparition d'Hubert Yonnet, en juillet 2014, on peut quand même avoir quelques regrets. Celui, notamment, de voir cet immense et authentique personnage être aussi peu cité en tant que référence, et disparaître des mémoires progressivement. La raison, fort probablement, c'est la réputation des toros d'Hubert Yonnet. Leur présence, leur hauteur au niveau du garrot, et leurs cornes longues et acérées. Leur comportement aussi, compliqué, exigeant, très dur aussi parfois. Car il faut le reconnaître, historiquement parlant, aller au combat face à un toro de chez Yonnet, ce n'est pas de la tarte !
Celui qui apparaît le plus en tant que référence aujourd'hui pour les jeunes ganaderos français, c'est plutôt Robert Margé, lui aussi originaire de Camargue. Certainement parce que Robert Margé a pour sa part réussi autre chose encore, celui de voir des toreros vedettes (notamment Ponce à Palavas) triompher face aux toros de son fer.
Peut-être qu'aujourd'hui, l'envie de voir des figuras être à l'affiche devant ses toros est plus répandue que celle d'avoir des toros de public, sérieux, encastés, exigeants, et qui plaisent aux aficionados purs et durs.
Mais il n'est pas vraiment utile de comparer les trajectoires d'Hubert Yonnet et de Robert Margé, avec pour chacun des mérites différents, et surtout, des destins singuliers.
Hubert Yonnet a avancé à une période où les espagnols rigolaient (jaune tout de même) en évoquant les toros français. Comme quoi il pouvait y avoir en eux des résidus de sang Camargue, avec les cornes pointant vers le ciel, et un instinct douteux. Cela fait pourtant un moment qu'il n'y a plus de toros croisés Camargue, et que la France possède son propre patrimoine ganadero.
Celui d'Hubert Yonnet avec ses toros d'origine Pinto Barreiros. Et ce destin incroyable. Car l'on retient la réputation des "durs" de la Bélugue, mais il ne faudrait quand même pas oublier "Montenegro" en 1981 à Saint-Sever, "Montecristo" à Arles dans les années 90, "Pescaluno" (novillo gracié) en 2002 à Lunel, et bien d'autres encore.
Et puis, le 4 août 1991 à Madrid, "Beauduc" était le premier des six toros d'Hubert Yonnet à fouler le sable de Las Ventas. Six toros qui permirent pour la première fois à un élevage français de prendre l'ancienneté dans l'arène la plus importante au monde. Forcément, aujourd'hui, l'héritage de Monsieur Yonnet est très difficile à perpétuer. Souhaitons que sa famille, et en particulier sa petite-fille Charlotte, puissent être à la hauteur de cette si importante histoire.

Florent  

lundi 23 janvier 2017

Face au toril (Rétro 97)

J'ai longtemps cru qu'il était mort. Terrible image d'un torero au costume bleu et or, inerte, face contre terre, sur le sable des arènes de Séville. Impossible aussi de savoir qui était le torero en question.
Quand j'ai découvert les images de cette blessure, c'était dans Face au Toril sur France 3. Plus tard, bien des années après même, j'en ai su davantage sur ce torero et l'histoire de cet effroyable moment.
Jesús Franco Cadena, dit "Franco Cardeño", 40 ans ce 8 avril 1997, où il affrontait à Séville une corrida de Prieto de la Cal. Une corrida dite de l'opportunité, avec six toreros sévillans ayant peu de contrats. Mieux encore... Franco Cardeño avait obtenu son ticket pour toréer cette corrida après avoir entamé une grève de la faim au pied de la Porte du Prince.
Flamboyant personnage de l'ovalie, Daniel Herrero avait dit un jour à propos de son sport "Quand t'entres sur un terrain de rugby, tu sais jamais comment t'en sors".
Pour la tauromachie, on serait presque tenté de dire que c'est encore pire.
Franco Cardeño était le chef de lidia ce jour-là, et le toro qui lui était destiné au tirage au sort, c'était "Hocicón". Le valeureux torero sévillan n'a même pas eu le temps de faire la moindre passe de cape. Le toro est venu directement sur lui, Jesús s'est levé au mauvais moment, et a pris la corne en plein visage. Résultat : le côté droit arraché, et la joue en lambeau. Une image extrêmement dure comme le confieront après la corrida de nombreux spectateurs.
La vie de Franco Cardeño était à ce moment-là entre les mains du docteur Ramón Vila. Plus tard à l'hôpital, les heures à réparer son visage furent longues. Mais Franco Cardeño s'avéra être un miraculé.
Alors que la Maestranza de Séville avait connu beaucoup de moments douloureux peu de temps auparavant. En 1992, deux hommes vêtus de lumières, Manolo Montoliú et Ramón Soto Vargas, y ont laissé la vie. En 1987, Pepe Luis Vargas avait reçu un gravissime coup de corne à la cuisse, en accueillant lui aussi le toro à genoux face au toril. Pepe Luis Vargas s'en était sorti de justesse.
Quinze jours avant la blessure de Franco Cardeño à Séville, en mars 97, de l'autre côté de l'Atlantique, le rejoneador Eduardo Funtanet est mort des suites de sa chute de cheval à la Monumental de México.
Franco Cardeño, lui, survit. Plus tard, il gardera la tête du toro "Hoción" de Prieto de la Cal en souvenir. Mais sur le lit de l'hôpital, avec le visage à peine recousu, il s'exprime au micro d'un journaliste, il dit qu'il n'avait pas d'autre choix que d'y aller, et que la prochaine fois, il retournera s'agenouiller face au toril !
Comme un jeu, comme un défi, auquel pourtant absolument personne ne vous oblige. Y aller, et connaître ses risques, même si au bout existe la pire des issues. Putain, c'est beau quand même !
Samedi dernier, il y avait un reportage évoquant Franco Cardeño sur la chaîne Canal Plus Toros. Le sujet revenait vingt ans après sur la terrible blessure, et aussi sur l'histoire touchante de ce torero andalou. L'émission s'appelait "Héros anonymes". Mais tant que des mémoires d'aficionados se souviendront de ce torero, il ne sera jamais anonyme.

Aller face au toril aux arènes de Séville est d'une difficulté remarquable, car la porte y est extrêmement large, beaucoup plus qu'ailleurs. Et pendant les ferias suivantes à Séville, nombreux auront été les toreros à se rendre à "portagayola", notamment El Tato et Pepín Liria. Pour la beauté et la valeur d'un tel geste. Pile ou face... au toril.

Florent  

lundi 16 janvier 2017

Rétro 97

Une petite série d'hiver, qui s'appellera Rétro 97. Sans rien d'exhaustif, et qui n'a pas pour vocation d'être vingt ans plus tard un palmarès de cette saison-là. Seulement des choses en vrac, des toros, des toreros, des arènes, des portraits, des histoires oubliées aussi. Un peu de tout, mais pas seulement de la nostalgie, loin de là, sinon ce serait chiant. Et puis, il y a bien des histoires qui ont trouvé un prolongement aujourd'hui.
Chaque aficionado a toujours un souvenir précieux de ses premières corridas, qu'importe son âge. D'autres dates – correspondant souvent à de grandes corridas – ont de quoi marquer davantage, mais ce qui vient au début, cela a toujours une place particulière. Un peu comme un torero qui saura toujours et comme personne restituer son alternative sur un calendrier.
Le témoignage d'un aficionado est toujours différent d'un autre. Si les supporters d'une même équipe assistent souvent aux mêmes matchs, les aficionados eux ont beaucoup plus de divergences. Ils sont rarement à chaque fois au même endroit.
Rétro 97, un regard d'enfant, naïf certainement, sur le monde de la corrida, cet univers à part. Cet univers qui essuie par ailleurs souvent des critiques véhémentes, et dont on dit qu'il est un risque pour l'enfant qui s'y intéresse. Nous sommes pourtant de très nombreuses preuves vivantes du contraire.
En 1997 donc, dans les arènes, il y a eu des choses bien, et du médiocre aussi, comme chaque saison depuis. Difficile de dire si c'était mieux avant ou non. Peut-être y avait-il davantage de variété à cette époque-là que dorénavant. Pour le reste, c'est à l'appréciation de chacun.
Dans cette série qui va suivre, il y aura donc un peu de tout. Des courses que j'ai vues, ou des trucs que j'ai appris bien des années plus tard. Tous sous le signe de la saison 97. Ma première.
Et j'aime bien cette photo, prise par mon père, ce tour de piste d'El Tato aux arènes de Bayonne. C'était une corrida pour les fêtes de la ville, le 10 août 1997, avec plein de tenues rouges et blanches sur les gradins. El Tato avait coupé quatre oreilles face aux toros de Loreto Charro (origine Atanasio Fernández). Un triomphe, une ambiance festive, et plein de détails, comme sur cette image... car la tauromachie est un monde de couleurs.

Florent   

mardi 27 décembre 2016

Just(o) do it

C'est enfoncer une porte ouverte d'affirmer que la tauromachie repose sur un système injuste. Cela vaut autant pour les élevages que pour les toreros. Il y a ceux qui sont programmés du début à la fin de la saison, et puis il y a les autres, qui doivent se contenter des miettes.
Si elle était un sport, la tauromachie serait la seule discipline où une éclatante victoire ne vaut pas automatiquement qualification pour le tour suivant de la compétition.
Ressassez les noms de toreros qui ont connu le succès, auraient mérité d'être revus, mais sont tombés aux oubliettes, malgré leur potentiel et leurs qualités. Il en existe pas mal. Emilio de Justo devrait être un de ceux-là.
On dit parfois que l'on n'a "jamais aussi bien toréé qu'à l'heure actuelle". Une affirmation absurde, tout d'abord parce qu'elle n'est pas vérifiée, et puis parce qu'il est inutile de comparer les époques, les toros, les toreros et les publics. Ce dicton aurait même tendance à maintenir l'hégémonie de ceux qui se partagent la plus grande part du gâteau. Et pourtant, ce n'est pas injurier ces vedettes que de dire qu'il arrive de voir toréer mieux qu'elles. Magie de la tauromachie, de l'incertitude, et de la motivation de toreros prêts à tout pour aller au bout de leur rêve.
Ces derniers sont essentiels pour le renouvellement dans la corrida, pour son maintien et son avenir.
Sur l'affiche d'Orthez au mois de juillet, assez déloyalement concurrencée par une autre corrida de registre torista le même jour à Mont-de-Marsan, c'est le nom d'Emilio de Justo qui apparaissait en troisième pour affronter les toros d'Hoyo de la Gitana.
Et déjà, quelques semaines avant cette corrida, on pouvait noter la confusion dans certains esprits. Pas mal avaient un sentiment de déjà vu, avec en tête le nom de "Justo". Mais ce n'était pas le même ! Le grand, il s'agit d'Alvaro Justo, né en 84, torero de la région de Madrid, et qui avait été plus qu'un espoir dans les années 2000. Leader du classement en 2004, avec en prime une sortie en triomphe à Madrid. Malheureusement, au fil des années, et après avoir pris l'alternative, Alvaro Justo a disparu de la circulation.
Pour Emilio de Justo, qui n'a pas de lien de parenté avec le précédent, né en 83 en Extrémadure, c'est un peu (voire beaucoup) le chemin inverse. Emilio de Justo n'a toréé qu'une seule fois en France en novillada, c'était en 2006 à Garlin. Alternative en 2007 chez lui à Cáceres, confirmation à Madrid en 2008 avec honneur face aux Juan Luis Fraile, et une oreille à Madrid en 2009 ! Mais en 2010, en pleine San Isidro, Emilio de Justo affronte une corrida de Los Bayones, se plante, et entend les trois avis ! Les arènes étaient pleines ce jour-là. Et c'est le purgatoire qui suivit, l'obligeant à toréer uniquement en Extrémadure les saisons d'après, sauf une année où il alla au Pérou.
Il est difficile pour un torero de rebondir après un tel coup du sort. Pourtant, Emilio de Justo a ensuite retrouvé le succès dans de petites arènes. Et en 2015, il a même toréé un seul contre six à Hervás, dans la région de Cáceres, face à des toros d'origines différentes. Un grand triomphe, mais qui ne lui laissera incompréhensiblement aucun contrat pour la saison suivante en Espagne.
Alors quand il torée en juillet 2016 à Orthez, c'est sa toute première corrida de l'année. Les présents racontent que la corrida d'Hoyo de la Gitana, ce n'est pas de la tarte, mais qu'Emilio de Justo se débrouille et s'accroche pour glaner deux oreilles et une sortie en triomphe, la première pour un matador depuis 2008 à Orthez.
Un triomphe qui n'est pas sans lendemain pour Emilio de Justo, puisqu'il se retrouve à l'affiche de la corrida de Victorino Martín début octobre à Mont-de-Marsan. La chance semble être revenue par rapport aux dernières saisons. Le toro du succès s'appelle "Vencedor" de Victorino Martín. Emilio de Justo est en pleine confiance, tandis que c'est seulement sa deuxième corrida de la saison. On le voit dès les passes de cape et les mises en suerte appliquées. Cela se confirmera à la muleta, avec classicisme, authenticité, courage et pureté. Deux oreilles après une faena brève et intense. Peut-être pas jusqu'à une ressemblance, mais il y a au moins des airs de José Miguel Arroyo "Joselito" chez cet Emilio de Justo. Des airs rassurants, ceux de la maîtrise, sans aucune précipitation.
L'hiver dernier, nul n'aurait pu prédire qu'Emilio de Justo allait recevoir en fin de saison des distinctions le considérant comme triomphateur. Nul n'aurait même parié le voir annoncé sur une affiche. Et pourtant, grâce à deux corridas, Emilio de Justo a de quoi regarder l'avenir avec davantage de sérénité, loin des périodes de vaches maigres. Il sera particulièrement attendu en 2017, à l'égard des prix décernés, mais aura certainement à coeur d'aller plus loin et de ne pas en rester sur ces deux succès...

Florent

(Image de Laurent Bernède : Emilio de Justo le 1er octobre à Mont-de-Marsan)