samedi 24 juin 2017

Solitude sonore

Quand j'étais petit, les soirs d'été parfois en regardant la télé, je rêvais de voir un reportage évoquant un après-midi de toros. Un reportage qui conterait la dernière dépêche d'un grand triomphe ou d'un après-midi d'exception. Il y en eut très peu, voire même pas du tout. D'autres sujets ont toujours été privilégiés par les grandes rédactions.
Les jours ont beau défiler, au rythme de ce début d'été, mais le coeur est encore lourd ce soir. Vifs sont les souvenirs d'Iván Fandiño, durs et insupportables sont les écrits et les paroles stupides. Mais même si cela semble dur, il faut, au maximum, tenter de faire abstraction.
Nombreuses aussi sont les images qui reviennent du maestro. Curieusement, une bonne partie est consacrée à la concentration qu'il avait chaque après-midi avant d'entrer dans l'arène. En s'isolant dans les coulisses, fixe et au regard fermé. J'ai retrouvé celle-ci, datant de la Madeleine 2013 à Mont-de-Marsan. Iván Fandiño, dans ces circonstances, était toujours imperturbable.
Cette attitude, c'est une splendide illustration de la "solitude sonore du toreo" de José Bergamín. Solitude, concentration, dans l'ombre, avant de déployer au grand jour tout le talent et la détermination. Un grand torero dont quelque chose dit aujourd'hui qu'il ne faudra jamais cesser de chanter son courage et ses vertus.
Gaoneras face au toril, doblones, ces passes en pliant le genou, une muleta ferme, des estocades en s'engageant avec une incroyable sincérité. Maître des épées qu'il était. Iván Fandiño a tellement donné dans l'arène, à vouloir transmettre et émouvoir. Mais aujourd'hui encore, c'est très dur.
A Mont-de-Marsan, son nom est gravé sur l'affiche de la prochaine feria, à laquelle il ne pourra malheureusement pas prendre part. Mont-de-Marsan, l'une de ses arènes, dont il avait gagné l'admiration un soir de 2012, sous un ciel gris et électrique, en affrontant avec verve un toro de Fuente Ymbro. Deux oreilles de catégorie.
Pas plus qu'il ne reviendra à Madrid, où il lui arrivait parfois d'appeler les toros de loin, quel que soit le fer sur la cuisse.
Voir des toreros et les apprécier, c'est entrer dans un monde différent. Torero, après tout, est un métier qui existe seulement dans quelques régions de la planète. Des hommes qui vivent l'aventure à fond, à une époque où d'autres affirment que cela n'a plus sa place.
Mais les journaux, eux, pourtant, ne cessent jamais d'abreuver leur audience de faits divers, et de sensationnalisme qui attire l'oeil curieux. Dans les grandes rédactions, il est peu souvent question de tauromachie, sauf quand il s'agit de drames. Et l'on en revient à cette histoire d'informations construites autour des faits divers.
Époque bizarre, où aussi, les considérations sociales régissent pratiquement tous les compartiments des scènes du quotidien.
Sauf quand les yeux sont rivés sur l'arène, sur les hommes en habits de lumières et sur les toros. Là, l'atmosphère nous fait, à beaucoup, oublier qui nous sommes. Ce qu'il y a en bas, c'est un combat. Un truc à part.
Dans le combat, alors que beaucoup ont en idéal la tauromachie andalouse, raffinée, esthétique, Iván Fandiño s'est fait une place dans le coeur des aficionados. Lui le Basque, le torero du Nord. Avec force, grand courage, et émotion dans tout ce qu'il faisait.
Lui qui nous a tant fait vibrer aujourd'hui nous fait pleurer.
Il arrive, dans certaines circonstances, d'entendre dire que la génération de toreros actuellement en activité est décevante et perfectible. Mais rien que de l'époque de Fandiño, on remarque que beaucoup de toreros nés au début des années 80 forment une incroyable génération. Des toreros qui ont tous connu des passages à vide avant de revenir sur le devant de la scène. Une génération dont faisait partie Iván Fandiño, et dans laquelle on compte aussi Manuel Escribano, Emilio de Justo, Alberto Aguilar, Sergio Aguilar, Paco Ureña, Alberto Lamelas, et tant d'autres. Tous différents, mais qui au moins un jour dans une arène, ont transmis une intensité rare.

Si les aficionados chantent leurs mérites, ce n'est pas le cas des journaux télévisés de 20 heures. Tant pis. Il ne faut pas oublier que c'est l'afición qui pousse les toreros. La perte d'Iván Fandiño paraîtra toujours aussi cruelle. Mais parce que lui, et d'autres, sont partis, il faut que l'histoire continue. Quel meilleur hommage que de voir d'autres toreros prendre la relève, et honorer avec splendeur cet héritage. Il conviendra de les saluer, et de dire à quel point ils auront été remarquables, sur le moment. Mais pas après. Car après, hélas, c'est trop tard.

Florent

mardi 20 juin 2017

Les lions indomptables

Passion pour la tauromachie, pour le meilleur et pour le pire. On souhaite toujours le meilleur, en toutes circonstances, tout en sachant que le pire est une éventualité, et que des destins peuvent basculer à n'importe quel moment.
Vivifiantes sont les images de la carrière d'Iván Fandiño, de ses triomphes et de ses coups d'éclat.
Mais quelle onde de choc depuis ce samedi 17 juin. Il y a de quoi être incrédule et groggy à la fois.
La colère, aussi, est un sentiment qui peut nous traverser quand on lit un certain, et même grand, nombre de commentaires et remarques abjects. C'est très dur, mais il faut tenter de faire abstraction. Il en est ainsi, à l'époque des réseaux sociaux, où malheureusement certaines personnes ont des avis sur tous les sujets et sur toutes les questions. Leur manque quand même peut-être à l'appel l'éducation et le respect.
Commenter et se prononcer, sans même parfois absolument rien connaître des tenants et des aboutissants d'une course de toros. Ce qui est très souvent le cas.
Reviennent à la surface tous les souvenirs d'Iván Fandiño. Dans un costume vert et or, ce mano a mano héroïque avec David Mora en 2011 à Madrid. Toujours dans la même arène, le couronnement de 2014 avec une estocade sans muleta qui permit à Fandiño d'ouvrir la porte la plus convoitée de la planète des toros.
Trois ans plus tard, un autre toro, de Baltasar Ibán, nous a rappelé la plus dure des réalités d'une arène.
D'une autre génération, Antonio José Galán, surnommé "El Loco", estoquait souvent les toros sans muleta. Dans une interview un jour, il confiait que sur environ 200 tentatives sans muleta, il fut blessé seulement quatre fois.
Galán, lui, est mort en voiture, un jour de l'été 2001, tandis qu'il rentrait de Bayonne où toréait son fils David Galán. Au cours de cette novillada matinale, Antonio José Galán avait reçu le brindis d'un jeune novillero sans picadors à l'époque : Manuel Escribano. Puis vint la stupéfaction, et l'annonce de sa disparition.
L'immense courage de Galán, celui de Fandiño, et de tant d'autres toreros, montrent qu'il n'y a pas que la technique et la rationalité en tauromachie. Loin de là. Existent aussi une énorme part d'imprévu, et des choses magiques, surpuissantes, qui dépassent la raison.
Se jouer la vie dans l'arène, loterie quotidienne des toreros. Tandis que d'autres individus rient aujourd'hui de destins tragiques et le font publiquement de façon obscène. Ceux-là, la plus grande chose qu'ils aient un jour pu risquer, ce sont certainement deux ou trois misérables euros en jouant au loto. Persuadés que cette loterie de l'argent les ferait changer de vie. Hypocrisie intellectuelle.
Le torero, lui, est conscient que sa vie est en jeu dès lors qu'il entre dans une arène. Un métier où il n'existe pas de limites au courage et à l'opiniâtreté.
Et c'est là que l'on voit toute la dimension de la tauromachie. Si elle a très certainement des aspects archaïques qu'elle ne renie pas, elle existe encore, elle fascine et elle plaît. Pour le meilleur et pour le pire.

D'Antonio José Galán à Iván Fandiño, il n'est pas question d'une somme calculée et misée. Chacun est à sa place, car ces êtres à part, eux, mettent leur existence sur le tapis de jeu. Lions indomptables qui dans les esprits ne mourront jamais...

Florent

dimanche 18 juin 2017

Il est parti...

Viennent en juin les jours les plus longs de l'année, où sortent des toros chaque week-end, et où le soleil et les sables des arènes deviennent de plus en plus chauds. Parfums d'été.
Hier, après avoir assisté à cette corrida des fêtes d'Aire-sur-l'Adour, c'était la nuit. Il est arrivé un malheur. Et il faut écrire, non pas à contre-coeur, mais avec passion et conviction. Écrire mais éviter les détails, le superflu, car maintenant, malheureusement, il est trop tard.
Dans la vie de tous les jours ou dans l'arène, je préfère conserver l'image vivante et rayonnante des gens. Au moment où l'on a vu Iván Fandiño tomber sur le sable, poussé par la corne du toro "Provechito", numéro 53, de Baltasar Ibán, on s'est dit que comme les autres fois, bien sûr, il se relèverait.
Je me souviens d'il y a dix ans, de ce vent de fraîcheur venu du Nord. Un jeune torero du Pays Basque, Iván Fandiño, sur le sable des arènes de La Brède en juin 2007. Il me semble qu'il s'agissait à l'époque de sa première corrida dans le Sud-Ouest. Face à des toros de Los Bayones, la technique était certes en rodage, mais en revanche, il y avait beaucoup de détermination et d'idées.
Un vent frais, tourbillonnant, venu du village d'Orduña, pas si loin de Bilbao. Un jeune homme, Iván Fandiño, parti de loin, car lorsqu'il était novillero, il accusait un véritable surpoids. Fandiño a lutté, et s'est imposé. Gagnant les luttes, une à une, face aux toros et aux blessures.
Un torero puissant, capable de retourner une arène en citant de loin un toro de Cuadri en 2011 à Madrid. Quel souvenir. Des estocades sans se soucier des possibles blessures, en volant sur les cornes des toros. Un Guardiola, et quelques années plus tard un Parladé, ce qui lui permit d'ouvrir la Grande porte des arènes de Las Ventas.
Un torero très apprécié, en Espagne, à Madrid, et aussi en France où il a connu le triomphe à de nombreuses reprises en quelques années à peine. L'image d'un torero puissant, comme invincible, avec la baraka l'accompagnant tout le temps. Une putain de force, capable de rivaliser en toutes circonstances. Et là, dans ce domaine, les souvenirs ne manquent pas.
Iván, souriant à l'extérieur des arènes, et au visage plus fermé une fois à l'intérieur, c'est un torero fort. La volonté d'embarquer, et de croquer tous les toros. Une envie de triomphe, si belle à voir, un vent de fraîcheur à un moment où l'on attendait un torero de cette catégorie. C'était lui.
Les défis n'ont pas manqué, comme ce seul contre six à Madrid au mois de mars 2015, remplissant complètement les arènes, mais qui se solda sans résultat malheureusement. Depuis cet échec, Iván a toujours eu des sursauts d'orgueil, une façon d'affirmer son terrain et sa présence.
Dans les rues, hier, près des arènes d'Aire-sur-l'Adour une fois la corrida terminée, les nouvelles se faisaient de plus en plus inquiétantes. Aucune envie de penser au pire, mais au fond de soi un cri strident. Ne pars pas Iván.
Torero, un mode de vie. L'année 2016 fut déjà endeuillée. Une profession où vie et carrière sont reliées, et peuvent s'arrêter au même instant. Hier, Iván a été cueilli et ne reviendra pas. Cigarettes et nuit blanche.
Cette issue, en tant qu'aficionado, c'est ce que l'on redoute le plus en se rendant aux arènes.
L'humain d'abord. Car le contraire serait effrayant.
J'ai repensé, dans cette longue nuit, à ce que Jacques Durand avait écrit à propos de la disparition de Christian Montcouquiol "Nimeño II" en 1991. L'écrivain avait cité Chateaubriand, et la phrase suivante : "sa mort l'a laissé en possession de sa force".

Christian Montcouquiol avait 37 ans. L'âge qu'allait avoir Iván Fandiño dans quelques mois à peine. Les aficionados, désormais, restent maîtres de sa mémoire, de ce qu'il a incarné, sa force basque, sa générosité en tant que torero de vérité. Et ce courage, cette détermination, qui au-delà de l'arène sont de véritables leçons de vie. Pour chercher de quoi éclairer les moments durs et les nuits. La nuit, la sienne est arrivée bien trop tôt. On a perdu bien plus qu'un torero. Iván Fandiño est parti et il nous manque.

Florent

(image du journal Sud-Ouest)

samedi 10 juin 2017

Raso de Portillo !

Après cette matinée pluvieuse, qui avait vu deux novillos seulement, Patrullito et Quitapenas, vendre très chèrement leur peau, on comprenait enfin pourquoi à la fois Vic-Fezensac et Céret avaient commandé du Raso de Portillo pour la saison 2017.
Il faut dire que l'an dernier, il y avait eu une très bonne sortie de l'élevage, à Hagetmau, ainsi qu'un novillo isolé à Parentis lors d'une course de Los Maños.
Parentis-en-Born où, en 2007 et 2008, la ganadería de Raso de Portillo se révéla en France, et connut deux sorties tonitruantes. Deux coups de tonnerre.
Je me souviens m'être rendu dans cet élevage, après ces deux sorties parentissoises, avec un ami de Bayonne. Le Raso de Portillo, situé près du village de Boecillo, est à peine à 15 kilomètres au Sud de Valladolid. Une forêt de pins, et la fierté de deux frères, José María et Iñigo Gamazo, de nous montrer leur élevage et tout leur troupeau, leurs toros de combat. À cheval, Titi Agudo était déjà le mayoral.
Un élevage atypique, car il y a toujours eu des toros sur ces terres de Boecillo depuis le XIIIème siècle, désormais entourées de zones pavillonnaires en briques.
Deux arènes de tientas, une ancienne et une neuve, et des toros et des vaches partout, dans la plaine ou sous les pins. De superbes toros, dont l'origine autour de l'encaste Santa Coloma est complexe à cerner et à définir.
Depuis, les frères Gamazo, José María et Iñigo, sont décédés à un an d'écart à peine.
Ils auraient été fiers de cette novillada vicoise. Une novillada qui aurait dû voir le combat de quatre novillos de Raso de Portillo. À cause des intempéries et de l'état très délicat de la piste, elle fut interrompue après le deuxième.
Mais quels novillos ! Quelle présence, quelle bravoure, quelle caste !
Patrullito le premier, face auquel Mario Palacios glissa en début de combat et prit peur (on le comprend) pour la suite. Il eut la chance d'être accompagné par une bonne cuadrilla. Au cheval, Patrullito alla trois fois, en poussant avec puissance et grande bravoure à chaque rencontre, bien contenu par Gabin Rehabi. Ensuite, Patrullito offrit des possibilités à la muleta, avec toujours autant de caste. Grande ovation à l'arrastre.
La sortie du deuxième, Quitapenas, que l'on voit à l'image, était un magnifique spectacle. Une allure incroyable pour ce novillo, ce guerrier, qui prit quatre véritables piques dont une fois en envoyant la cavalerie au tapis. C'est le novillero Miguel Ángel Pacheco qui s'y frotta, et fut très volontaire, devant même couper une oreille du fait de ses dispositions dans un tel contexte et après une estocade efficace. Hélas, le trophée ne lui fut pas accordé.
Seulement deux novillos combattus lors de cette matinée d'ouverture de la feria de Vic, mais c'était peut-être la course à ne pas manquer ! Au souvenir de Boecillo, des frères Gamazo, et des premières sorties à Parentis. L'histoire continue. Et comment !

Florent

(Image de David Cordero : Quitapenas de Raso de Portillo)

mercredi 7 juin 2017

La lidia d'Octave

Costume gris plomb et or soutaché de noir. Samedi à Vic-Fezensac, sous une pluie intermittente, c'était Octavio Chacón, torero andalou de 33 ans. Cela faisait un petit moment qu'il n'était pas venu dans une arène du Sud-Ouest, car sa dernière sortie eut pour cadre une novillada de Fuente Ymbro, en 2002 à Saint-Sever !
Octavio Chacón fait partie de la liste des toreros qui auraient pu échapper au regard l'aficionado, mais qui la trentaine venue, ont eu un déclic et se retrouvent de nouveau sur les affiches. Celui de Chacón remonte à la fin de l'année 2014, avec une corrida d'Escolar Gil dans la province d'Avila.
Il est toujours intéressant de regarder le parcours de ce type de toreros. Plus que des parcours, des modes de vie. Celui qui a conduit Octavio Chacón à aller toréer plusieurs fois par an au Pérou, à cause de contrats manquants sur notre continent, sauf rares exceptions.
Il n'est pas anodin qu'un torero aille au Pérou par passion, pour pouvoir continuer à s'habiller de lumières et à rêver de triomphes. Là où les toros sont plus petits, mais où certaines plazas culminent parfois à 3 ou 4.000 mètres d'altitude et sont souvent, pour ne pas dire toujours, dépourvues de blocs opératoires. Beaucoup de toreros espagnols, et même français, y sont allés en quête d'opportunités. Le Pérou des fortunes diverses. Celui de David Gil, matador espagnol surnommé "le torero des Andes", ou encore celui tragique de José Reina Rincón, assassiné et retrouvé sans vie au début de l'été 2002.
S'il continue dans la lignée de ses dernières sorties européennes, Octavio Chacón ne devrait pas avoir à se rendre au Pérou pour meubler ses saisons. Car il devient, petit à petit, un des noms indispensables dans le créneau des corridas les plus sérieuses et exigeantes.
Sa prestation face aux toros de Dolores Aguirre ce samedi a confirmé cette tendance.
La sensation d'un torero en forme, qui mise sur une lidia complète, et dont le sitio est tel qu'on a l'impression que rien ne peut lui arriver. Le début de combat face au deuxième toro de l'après-midi, Carafea III, plus tard honoré d'un tour de piste diversement apprécié, était un modèle du genre. Tout semblait parfait, l'accueil à la cape, la sérénité, et aussi de jolis détails, comme une demi-véronique et une revolera. Octavio Chacón, qui substitua Paulita dans le rôle du chef de lidia, mena à quatre reprises Carafea III face au picador Juan José Esquivel. Esquivel, fidèle picador de Rafaelillo, habitué aux batailles, dont celle de 2010 à Céret, dont reste aujourd'hui une mythique photo de François Bruschet, avec un cheval propulsé sur les cornes d'un toro portugais de Manuel Assunção Coïmbra.
La caste du toro de Dolores Aguirre, au pelage burraco, donnait une très grande intensité. À l'exception de l'emplacement de plusieurs piques, le quatuor toro, matador, picador, cheval semblait fonctionner à merveille. Ce fut un très grand tiers de piques.
Le brave Carafea III de Dolores Aguirre baissa d'un ton à la muleta, mais Chacón avait continué avec le même panache de lidiador, des cites de loin, un superbe remate de la main gauche à la fin d'une série droitière, entre autres. Peut-être que certains effets étaient de trop, en revanche, ce qui est certain, c'est qu'Octavio Chacón a toréé avec une immense envie et sans tricher. Comme les toreros en forme quand ils ont évacué tous les doutes. Et la façon d'entrer droit avec l'épée, au moment de vérité, était elle aussi sensationnelle.

Florent

(Image de Laurent Larrieu, Campos y Ruedos)

mardi 6 juin 2017

Mucho toro

En plein coeur de l'hiver, et au tout début de l'année 2017, parvenait dans les boîtes aux lettres le portrait de ce toro. Un cliché venant illustrer la carte de voeux du Club Taurin Vicois. Des voeux pour l'an 17, qui aurait pu être celui de la Charente-Maritime, de La Rochelle, de son Vieux-Port, et de sa brillante équipe à la tunique jaune et noire.
Mais c'est ce toro, qui d'ailleurs ne l'était pas encore à la date de la photo car né en mars 2013, qui procurait déjà forte impression. Jardinero, un toro de Los Maños, au pelage gris foncé avec plein de tâches blanches, comme son frère Salta Cancelas, vainqueur de la corrida-concours de Vic en 2016.
Los Maños, un élevage sérieux, propriété de la famille Marcuello, qui connaît depuis des années de grands succès dans de nombreuses arènes, mais qui a aussi eu l'an passé la douleur de vivre un drame, car c'est un toro de la maison qui a ôté la vie au matador Víctor Barrio.
Un toro qui aurait pu être de n'importe quel élevage, car le danger règne et plane chaque après-midi au-dessus des arènes. Mais il était de Los Maños. Terrible souvenir.
Si à l'image, Jardinero, toro de la région d'Aragon, imposait déjà la respect et faisait pressentir un sacré combat sur le sable vicois, on se demandait qui allait être le torero auquel reviendrait l'honneur et aussi la lourde tâche de le défier.
C'était pour Michelito Lagravère, franco-mexicain, pas encore 20 ans, à l'occasion de son retour sur les terres de son père. Il y avait également de quoi s'inquiéter, car on ignorait le niveau technique que pouvait afficher Michelito dans un tel contexte, lui qui a essentiellement fait carrière outre-Atlantique et n'a pas tant toréé que cela en Europe.
Et les doutes n'étaient pas infondés. C'était bien trop tôt.
En piste, Jardinero de Los Maños a confirmé ce qu'il laissait présager sur une seule image. Un présage que l'on peut annoncer en deux termes, ceux d'une expression espagnole : Mucho toro. Ce qui signifie littéralement "beaucoup de toro", mais désigne plus précisément un toro avec plus de présence, de force et de caste que la normale, et face auquel être à la hauteur demande un grand effort.
Beaucoup de toro. Trop, beaucoup trop pour le jeune Michelito Lagravère, qui il y a quelques années à peine était encore un enfant-torero devant des becerros.

Bronca pour le matador, après avoir eu à se défaire de Jardinero, un magnifique toro, imposant et très armé. Piqué quatre fois, et à une distance progressive, par le picador arlésien Gabin Rehabi lors d'un tiers spectaculaire. Superbement banderillé aussi par Felipe Peña qui reçut une légitime ovation. Et après la sonnerie annonçant le dernier tiers, Jardinero avait encore de la superbe, de la mobilité, de la caste, et surtout de l'émotion dans ses charges. Des caractéristiques difficiles à contenir dans la muleta d'un jeune torero, mais en tout cas essentielles à l'avenir de la tauromachie. Et tour de piste posthume pour Jardinero, car parfois ce sont aussi les toros qui triomphent...

Florent  

Sergio

Le drame ce week-end, ce n'est pas qu'il y ait eu un indulto polémique à Nîmes, pouvant éventuellement plomber le sérieux de la tauromachie et la dévaluer. Non, le drame, c'est que ce torero, qui n'a pas eu la carrière qu'il méritait, soit dans l'obligation d'y mettre un terme. 
Sergio Aguilar, torero au grand courage et avec beaucoup de pureté dans chacun de ses gestes, choses qu'il a notamment pu démontrer dans les plus grandes arènes françaises, et face à des toros de respect : Vic-Fezensac, Bayonne, Céret, Mont-de-Marsan, Arles, Dax...
Aujourd'hui, il décide de devenir banderillero dans une quasi-indifférence.

Florent

mardi 16 mai 2017

Solitude

Solitude le long des planches, comme celle de Paco Ureña à Madrid hier après-midi. Certes le valet d'épées vient pour constater l'étendue d'une probable blessure, mais le torero reste, tout de même, dans sa solitude. Le regard noir, fixé sur l'adversaire et le fil du combat.
On ne voit cela qu'en tauromachie, où lorsqu'un torero est touché lors de l'accueil à la cape, il s'accorde parfois un round d'observation. Toreros accidentés mais pas résignés, patients, et tentant de jauger leur propre force et leur capacité à revenir. Malgré une blessure aux ligaments du genou après avoir été "tamponné" contre les barrières par son second toro de Montalvo, Paco Ureña a attendu assis quelques minutes afin de poursuivre le combat.
Elle est rare cette image, mais pas pour autant inédite. Ce genre de situation a tendance à se produire plusieurs fois par saisons.
J'ai le souvenir d'un reportage de Face au Toril, d'une VHS, dans les années 90, à l'époque où les enfants n'avaient pas encore de smartphones ou de tablettes entre les mains. Seulement des Game Boy Color et des cassettes. Une VHS donc, que je me souviens avoir vu des dizaines de fois. Les arènes d'Arles comme toile de fond, et un novillero à la mode, Antonio Borrero "Chamaco", propulsé dans les airs par un exemplaire de Victoriano del Río. Année 1991. Chamaco était resté le souffle coupé, groggy, assis sur la bordure de la barrière pendant de longues minutes. Veillait en face de lui une caméra isolée, immortalisant ce moment exceptionnel qu'est la solitude d'un torero après un accrochage dont on sait qu'il se relèvera.
Hier, l'attente de Paco Ureña faisait penser à cela. A fortiori dans une arène, Madrid, où la blessure peut arriver bien plus vite qu'on ne le pense.
Paco Ureña était sérieusement touché au genou quand il est reparti combattre le Montalvo. Avec des statuaires, sans bouger, et peut-être la promesse d'un nouvel exploit. Il faut dire que le souvenir de sa faena d'il y a deux ans face à un toro d'Adolfo Martín est encore vif dans les esprits. Et ce, bien qu'il n'ait obtenu aucun trophée ce jour-là. Mais les naturelles d'anthologie sont restées.
Hier, ne quittant pas la piste malgré une blessure, des sifflets l'ont accompagné depuis les gradins. Incompréhensibles, mais de rythme soutenu tout le long de l'après-midi, donnant ainsi un sentiment étrange.
S'il tua mal à chaque fois, face à deux toros sans intérêt, Paco Ureña ne méritait en aucun cas ces sifflets.
Avec Curro Díaz et Alberto López Simón, il faut dire que les trois toreros étaient attendus comme des favoris par le public de Las Ventas. Eux qui pendant des années n'étaient que de simples outsiders.
L'après-midi, en fait, avait déjà déraillé depuis le combat du premier toro. Alors qu'il n'y avait même pas eu les deux piques réglementaires, le président décida de passer aux banderilles. Le toro fut fortement protesté aussi, mais pas remplacé, ce qui donna le ton, et déclencha la colère d'une partie du public restant sur ce détail pour tout le reste de la course.
Dans le chahut de ce premier combat, le toro de Montalvo, faible mais peu piqué, et court de charge aux banderilles, s'en alla cueillir le subalterne Lebrija, lui infligeant un grave coup de corne à la cuisse.
Chahuté fut aussi Curro Díaz, aussi bien au premier qu'au quatrième, malgré de la torería, de la personnalité, et une main gauche privilégiée. Il est vrai qu'il resta au final beaucoup de choses inabouties dans sa prestation. Le public madrilène lui reprocha son toreo de profil, son placement et sa distance. Dommage, car en étant plus centré et avec de meilleures épées, Curro Díaz aurait connu un tout autre après-midi. A son premier, il fut spectaculairement pris au niveau du gilet en portant l'estocade, comme à La Brède et à Céret l'an dernier. Une situation qu'il devra éviter à l'avenir, en travaillant les entrées avec l'épée, car dans ces circonstances les graves blessures ne sont affaires que de millimètres.
Quant à Alberto López Simón, il est apparu bien loin de son épopée triomphale d'il y a deux ans. Beaucoup de doutes, peu de technique, et certainement aussi beaucoup trop de courses dans son agenda par rapport à ses capacités, ce qui lui fait actuellement flamber son crédit auprès de l'afición.
Étrangement présentés étaient les toros de Montalvo, lourds mais souvent sans trapío. Manquant généralement de force et de caste. Le plus typé Montalvo fut le quatrième, "Escandaloso", un toro de cinq ans, au pelage noir avec des tâches blanches, massif avec près de 600 kilos. Il fut bravucón et permit des choses au dernier tiers, mais était loin du statut de grand toro.
Si la billetterie n'affichait pas complet hier pour voir six toros de Montalvo combattus par Curro Díaz, Paco Ureña et López Simón, il y avait tout de même 22.000 personnes. Ce qu'aucune autre arène en Europe ne peut contenir.

Florent

samedi 13 mai 2017

Francisco Javier Martínez "Paquiro" (Rétro 97)

On retrouve, dans une actualité récente, de nombreuses preuves d'une obstination allant à l'encontre de mémoires qui ont fait l'histoire de la tauromachie. Une obstination stupide, et qui consiste à dégrader des monuments symbolisant cette histoire. Les statues évoquant Manuel Montoliú à Valencia, Nimeño à Nîmes, Yiyo à Madrid. Ce qui au fond n'est juridiquement qu'une dégradation de biens situés sur le domaine public est incompréhensible.
Comme si le fait d'aller souiller des statues allait anéantir des mémoires et les pousser vers l'oubli. Peine perdue, toutes ces personnes, tous ces toreros, que certaines statues évoquent, resteront toujours dans la mémoire et le coeur de ceux qui, par passion, se sont reconnus dans leurs histoires. Et veillent à ce souvenir. D'ailleurs, on ne pourra pas nous empêcher de penser que vouloir toucher à la mémoire des disparus reste, tout de même, un aveu d'impuissance et de bêtise.
Les choses les plus fortes qui restent des disparus ne sont pas des statues, mais ce qu'ils ont accompli et incarné de leur vivant. Des choses qui doivent rester et se perpétuer.
En ce mois de mai, ce sont les 25 ans de la mort de Manuel Montoliú, grand banderillero de Valencia, qui a été matador, et qui un jour de grand soleil à Séville, alors qu'il était dans la cuadrilla de José Marí Manzanares, fut fauché d'un coup de corne irréversible par un toro d'Atanasio Fernández. Quelques mois plus tard, à la Maestranza, un autre banderillero, moins connu que Montoliú, reçut également un coup de corne mortel par un novillo du Comte de la Maza. C'était Ramón Soto Vargas.
L'histoire récente de la tauromachie est parsemée de tragédies, comme on l'a encore vécu l'an dernier.
L'habit de lumières, a première vue, est un signe extérieur de richesse, qui semblerait préserver des drames autres que ceux de l'arène, et éloigner de la précarité tous ceux qui le portent. Un cliché.
Il y a vingt ans mourait un jeune torero navarrais, Francisco Javier Martínez "Paquiro".
Tout, pourtant, avait de quoi le laisser à distance d'une telle issue.
Un début de carrière prometteur, car Paquiro, né le 10 juillet 1972, commença très jeune en tauromachie, et débuta avec picadors à l'âge de 17 ans. En 1991, il remporta le très prestigieux Zapato de Oro à Arnedo, et prit l'alternative chez lui à Pampelune l'année suivante. Âgé de vingt ans, en 1992, et avec deux contrats dans cette feria importante, sa feria !
L'alternative tout d'abord, des mains du Niño de la Capea, et un grand triomphe quelques jours plus tard, avec deux oreilles coupées à un toro du Comte de la Corte. Entre autres contrats, en cette année 1992, il fut à Floirac, le témoin d'alternative du sévillan Domingo Valderrama.
Francisco Javier Martínez "Paquiro" était un torero de Navarre, une région si dépaysante et surprenante pour de nombreux aficionados français qui s'y rendent.
Paquiro a été matador de toros pendant cinq temporadas, jusqu'en 1996, faisant partie du convoi de toreros européens allant au Pérou en quête de corridas, pour accomplir leur passion.
Le 23 septembre 1997, la police de Navarre retrouva Paquiro sans vie dans son appartement de Pampelune. Il s'était suicidé.
Cette année-là, il avait débuté une carrière de banderillero pour le compte du jeune novillero aragonais Luis Antonio Gaspar "Paulita". Paulita que l'on retrouvera souvent sur les affiches cette année, car il est, vingt ans plus tard, un torero aguerri.

Triste issue fut celle de Paquiro. Mais comme pour tous les autres hommes qui ont risqué leur vie face aux cornes, et sont partis prématurément, le souvenir perdure et doit rester, forcément.

Florent

vendredi 12 mai 2017

Collector

Une seule corrida figure au programme ce week-end en France. Elle aura lieu ce dimanche 14 mai à Vauvert dans le Gard, avec six toros de Prieto de la Cal pour Francisco Javier Sánchez Vara en solitaire.
Une affiche que garderont certainement les collectionneurs en tout genre, puisqu'il s'agira de la première corrida sous la mandature d'Emmanuel Macron.
Sánchez Vara réalisera ce dimanche un beau défi, car ce n'est pas une mince affaire que de s'enfermer face à six toros de Prieto de la Cal, avec plusieurs très beaux exemplaires, comme celui-ci, sur cette photo de Julie Bérard prise dans les corrales d'Arles.
Néanmoins, au-delà du geste, on remarque malheureusement que Vauvert traîne comme un boulet une malédiction. Celle des affluences pour les corridas et novilladas dans ses arènes. 500 personnes au cumulé pour deux novilladas piquées sur une même journée en juillet 2015, à l'occasion d'un trophée José Marí Manzanares qui ne fut pas réédité ensuite. Manolo Vanegas, au final, en aura été le seul vainqueur.
Il y eut aussi, à l'automne dernier, un seul contre six du torero gardois Camille Juan, avec des toros de Fernay et Gallon, pour la bonne cause, et au prix d'entrée imbattable d'un euro. Là aussi, hélas, les arènes n'enregistrèrent qu'une moitié d'entrée, alors que le but caritatif ainsi que le tarif avaient de quoi faire espérer mieux.
Vauvert est peut-être l'une de ces arènes dont les gradins se peuplent plus facilement quand il est question de tauromachie camarguaise. C'est également le cas de Beaucaire, entre autres.
Dimanche, Sánchez Vara effectuera donc ce geste curieux (car il n'a jamais toréé à Vauvert et n'a pas de lien particulier avec cette arène) mais valeureux, en affrontant six toros dont une majorité de jaboneros. Avec l'espoir aussi d'avoir des gradins suffisamment garnis.

Florent

Toro de cinco, torero de veinticinco

Ouverture de la plus grande des ferias hier soir, avec de la pluie, un temps frais (11 ou 12 degrés), et une entrée faible par rapport à la norme habituelle des corridas de San Isidro : seulement une moitié d'arène.
Tous âgés de cinq ans et demi minimum, les toros de La Quinta, aux armures fines et très pointues, ont généralement été durs. Il est par ailleurs difficile de retrouver dans les archives de ces dernières années une corrida aussi compliquée provenant de cet élevage. Avec plusieurs toros mansos dans la lidia, fuyant les capes ou les chevaux, voire même se défendant à la pique avec la tête bien au-dessus des étriers.
David Galván, trop facilement en proie à son adversaire, manso, dangereux et qui ne fut pas assez piqué, fut soulevé dans les airs pour un accrochage qui paraissait inévitable. Comment son entourage a-t-il pu le laisser se découvrir de cette manière, sans espoir de succès et devant une blessure certaine : traumatisme crânien et fracture du coude.
Les deux autres toreros ont dû estoquer trois toros. Alberto Aguilar, avec un premier toro noble sur la corne gauche, puis celui de Galván, et enfin un dernier compliqué. Javier Jiménez quant à lui a touché un lot varié, réalisant une faena sans écho face au troisième et s'éternisant avec l'épée (le troisième avis était proche) au sixième.
C'est au cinquième, "Temeroso", un La Quinta fuyard en début de combat, désarmant plusieurs fois les banderilleros, exigeant, au danger sourd, mais à la corne gauche vibrante, que Javier Jiménez est allé chercher des naturelles plus que valeureuses... comme en atteste cette image.
Il y avait dans le callejón, son frère Borja Jiménez, également matador, ainsi qu'Espartaco comme mentor. Javier Jiménez salua mais aurait pu avoir une récompense supérieure si son puntillero avait été plus adroit. Il a en tout cas justifié le dicton "Toro de cinco, torero de veinticinco". À peu de choses près, puisqu'il en a 26. Mais dans l'esprit c'était cela, avec des naturelles exposées et de très beau tracé.

Florent

jeudi 11 mai 2017

Les Dolores du calife

Ils étaient longs ces sept ans sans voir la corne d'un pensionnaire de Dolores Aguirre franchir la porte du toril de Las Ventas. La dernière fois, c'était en 2010, avec une grande corrida de toros pour Rafaelillo, Fernando Cruz et Joselillo.
Fortunes diverses, puisque Rafaelillo avait raté la grande porte d'un cheveu à cette occasion, et Joselillo avait reçu un grave coup de corne devant un toro très dur et dangereux. La caste des toros de Dolores Aguirre souffla fort ce jour-là sur Madrid. Mais sûrement pas assez (ou trop ?) aux yeux des décideurs de l'époque pour faire revenir les saisons suivantes un élevage qui a pourtant eu beaucoup de succès en ces lieux.
Depuis, Madame Dolores Aguirre Ybarra a quitté ce monde. C'était en 2013.
Cela faisait donc très plaisir de revoir cet élevage annoncé pour une novillada à Las Ventas le lundi 1er mai. Il figurera également au programme de la San Isidro 2017 avec une corrida au mois de juin.
Dans l'histoire de la tauromachie, cette ganadería est récente puisqu'elle date de la fin des années 70, avec des produits issus de l'élevage d'Antonio Ordóñez, ami de Dolores Aguirre. Et des toros qui initialement n'étaient pas destinés aux corridas dites "toristas". La preuve avec la première corrida complète de Dolores Aguirre en France... à l'été 80 à Fréjus, avec six toros pour Joaquín Bernadó, Manuel Benítez "El Cordobés" (qui n'est pas le calife dont il est question dans cet article) et Patrick Varin !
Mais avec sa sélection et ses choix, Doña Dolores Aguirre a insufflé à son troupeau du caractère et de la force. Des toros exigeants, redoutables, et qui nécessitent des toreros ou des novilleros en forme.
Comme l'an dernier à Vic-Fezensac où il y eut une novillada exceptionnelle, charpentée, encastée, brave et spectaculaire.
Celle de Madrid, combattue ce 1er mai, fut un ton en-dessous. Les six représentants, généralement bien présentés, étaient Clavetuerto II, Guindoso II, Tosquetito, Clavetuerto I, Guindoso I et Malagueño.
La première partie fut supérieure, avec notamment deux novillos encastés et aux charges intenses. Le novillo initial, qui prit trois piques et fut passionnant, ainsi que le troisième, manso mais qui eut tendance à se grandir au cours du combat. Le deuxième aussi permettait au novillero, Javier Marín en l'occurrence, l'espoir du triomphe.
Quinze piques au total pour les novillos d'origine Atanasio Fernández et Conde de la Corte, avec trois derniers exemplaires sévèrement et mal châtiés et qui laissèrent beaucoup de force dans la bataille. La veille, les Sánchez Herrero avaient mis deux fois les picadors au tapis.
Au cours de cette novillada de Dolores Aguirre, aucun trophée ne fut obtenu. Il y avait pourtant matière à bâtir réputation, gloire et succès. Surtout face aux trois premiers novillos. C'est Fernando Flores, avec une technique affirmée, qui s'en tira le mieux, mais estoqua mal. Miguel Maestro (novillero-vétéran de 33 ans) et Javier Marín, courageux, furent un peu moins en vue même si le second aurait pu obtenir une oreille partiellement demandée par le public.
En voyant plusieurs de ces novillos de Dolores Aguirre charger avec tant de transmission et d'intensité, il y avait de quoi repenser à la catégorie des toreros habitués à les affronter. La mal nommée tribu des seconds couteaux. Celle dont faisait partie, lorsqu'il était en activité, le torero de la région de Valencia, José Pacheco "El Califa". Des Dolores pour le calife. L'un des spécialistes il y a près de quinze ans de cet élevage. En l'an 2000, El Califa avait coupé deux oreilles à son premier toro mais n'avait pu sortir par la grande porte, à cause d'une grave blessure causée par son second adversaire, face auquel il était parti sur les mêmes bases et aurait pu obtenir d'autres trophées... Et en 2003, enfin, il put cette fois goûter au triomphe. Un triomphe contrasté, avec la tête ailleurs, car El Califa avait dédié au ciel, en mémoire de son père disparu la veille. El Califa, un torero retraité qui a connu de belles heures, avec courage, sincérité, mais dont on a aujourd'hui un peu vite oublié le mérite.

Florent

Deux toreras à cheval à l'Assemblée Nationale ?

Info du jour... Deux anciennes toreras à cheval françaises seront candidates aux élections législatives du mois de juin.
Tout d'abord Marie-Pierre Callet, pour Les Républicains, dans la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône.
Et de façon bien plus inattendue, on a appris aujourd'hui que Marie Sara serait candidate pour le mouvement "En Marche" d'Emmanuel Macron dans la 2ème circonscription du Gard.
A suivre...


Florent

mardi 9 mai 2017

La belle de mai

Juste avant d'arriver à Madrid, je parcourais les premières chroniques sévillanes de Jean-Michel Mariou dans sa "route des toros". Séville, une autre ambiance, un autre décor, une atmosphère bien plus méridionale. Les sévillans, incarnant toujours une sorte de nec plus ultra du chauvinisme, prétendent qu'il ne pleut jamais au moment de la feria. Or, si l'on regarde bien – et les gouttes n'ont pas fait défaut cette année –, pratiquement chaque édition connaît une ou plusieurs journées dignes du Finistère.
J'aime le bon goût de Jean-Michel Mariou, sa façon de décrire des scènes de vie. Lui qui utilise la "route des toros", quand d'autres auraient employé le terme un peu surfait de pélerinage. Oui, parler de pélerinage, quand on va aux toros, ça a une connotation grotesque.
Dans sa chronique de la corrida du 27 avril, Jean-Michel décrit ainsi le costume de Manzanares : bleu nuit du 15 août et or. Saveur d'été qui fait rêver. Non pas pour la référence au jour de l'Assomption, qui je l'avoue m'intéresse peu, mais bien pour le cap qu'il représente dans une saison. Point de basculement entre haute et basse saison, au 15 août, la nuit est belle et paisible.
On dit des français qu'ils sont de grands stressés et des névrosés. Mais attendez de voir, à Madrid, le musée taurin des arènes de Las Ventas, qui se situe dans l'enceinte de la plaza, collé au patio de caballos, mais qui est à des années-lumière de l'esprit des lieux. Un truc ultra-touristique, pas très bien expliqué pour le visiteur lambda, cher aussi (10 euros pour voir le musée grand comme un appartement, tandis que pour 2,50 euros, vous pouvez assister à une novillada dans les arènes), et dont on se demande justement si il peut donner envie à ceux qui n'ont aucun lien avec la fête des toros de s'y intéresser. Et ce n'est pas le vigile en uniforme qui circule entre les galeries avec une matraque et en menaçant le moindre smartphone en mode photo qui pourrait contribuer à cette envie. Pas plus que le personnel d'accueil qui prend de haut quiconque se pointe. Globalement négatif.
Je n'avais jamais mis les pieds dans le musée taurin auparavant, et pourtant, nombreuses sont les choses intéressantes dans celui-ci, mais pas forcément bien mises en valeur et présentées. J'y reviendrai.
De l'autre côté des dépendances de l'arène, il y a la Puerta de arrastre, avec le desolladero, où tous les toros combattus deviennent viande à peine un quart d'heure après avoir été estoqués. Avec tous les morceaux ou presque déjà débités. Si cela existait en France il y a encore quelques années dans certaines arènes (Arles notamment), ce n'est plus le cas, puisque les normes vétérinaires et sanitaires imposent désormais le dépecage dans un abattoir agréé.
Et derrière le desolladero, dans un bâtiment en briques comme l'intégralité de la plaza, c'est là que siège le bureau ovale de la tauromachie. Celui de Simon Casas. Un bureau rectangle en fait, spacieux, avec les lumières à fond, et dans un coin une petite affiche de Gérone dans les années 60, rappelant que Simon Casas fut lui aussi torero.
Qui donc à l'époque aurait pu imaginer qu'un français puisse diriger une arène comme Las Ventas ?
Certainement personne, car le conservatisme espagnol en la matière est difficile à transgresser.
Tout part en fait d'un rêve. Celui des toreros français de l'après-guerre. Un rêve nourri avec bien plus d'instinct de survie que d'ambitions. Montrer que les toreros français existaient et pouvaient se faire une place ! La survie, d'ailleurs, et les gens qui partent de zéro font bien plus rêver que les ambitieux déjà établis.
Et l'on se rend compte rétrospectivement que beaucoup firent partie de cette histoire. Simon Casas, les frères Nimeño (Alain puis Christian), Frédéric Pascal, Chinito, et tellement d'autres, qui se retrouvèrent notamment à manifester en piste pendant la lidia d'un novillo en 1972 à Saint-Sever. Une histoire avec des moments de gloire et aussi des tragédies. Celle de Jacques Brunet "Jaquito", hors de l'arène, et plus tard sur le sable celle de Christian Montcouquiol "Nimeño II".
Une histoire, qui dans sa continuité, bien des décennies plus tard, aura vu arriver Simon Casas à Madrid. Simon Casas, comme il l'avait expliqué après sa désignation en septembre 2016, était parti de rien et d'une condition plus que modeste. Une trajectoire ascendante, des paris, beaucoup de mots (des bons, d'autres à tort), et du Bernard Tapie dans le texte aussi, dans la façon de s'exprimer, de surenchérir, d'être protagoniste. Il n'est pas impossible, si on lui demandait, que Simon Casas ait vu Bernard Tapie comme modèle de réussite dans les années 80.
Et derrière le bureau, il y a les corrales, là où se jouent tant d'histoires. Entre toros ou lots entiers refusés, lots recomposés, etc. Beaucoup de protocole.
Dans son équipe de Plaza 1 ("Plaza One" disent certains aficionados madrilènes avec humour), Simon Casas a nommé Robert Piles dans la gestion des lots choisis. Piles qui, avec l'assise qui est la sienne (ancien matador, doyen actuel des toreros français, et apoderado de nombreux toreros), accomplit la tâche sans difficulté.
Dimanche 30 avril, dans l'enceinte de briques, sur la piste, une novillada de Sánchez Herrero. Une course qui paraissait forte dans les corrales (avec un quatrième novillo, colorado, de 530 kilos), et il y avait de quoi être inquiet quand on sait le nombre de novilleros passés par la porte de l'infirmerie, en bas du Tendido 4, depuis l'an dernier. Mais au final, même si elle fut mansa, elle ne "mangea personne" (avec un excellent premier novillo) et permettait mieux que ce qu'en firent Tulio Salguero, Alvaro García et Daniel Menés, auxquels on ne peut que souhaiter de muscler leur jeu à l'avenir. Les lidias et les cuadrillas furent pour leur part catastrophiques, rappelant en pire ce que l'on avait vu lors de la novillada-concours de Parentis en 2016. A Madrid, au moins deux Sánchez Herrero sur six furent flingués à la pique au sens littéral du terme.
Une course pluvieuse devant une assistance réduite, avec de nombreux touristes (de nationalités très diverses) peu avertis à la chose mais certainement pas insensibles à leurs guides... touristiques. A l'aube du mois de mai, de la feria de San Isidro, le lendemain le beau temps revenait à Madrid... et les Dolores Aguirre aussi.

Florent

samedi 6 mai 2017

Novillada de Raso de Portillo, Céret

Aujourd'hui, Céret présentera officiellement les affiches de sa prochaine feria. 
Avec notamment une novillada de Raso de Portillo (très sérieuse, comme on le remarque sur la photo) pour Mario Palacios, Daniel García Navarrete et le français Maxime Solera. 
Et rappeler aussi que depuis la naissance de l'ADAC à la fin des années 80, aucun novillero avec picadors n'est sorti en triomphe à Céret, bien que ce mérite aurait dû revenir en 2013 à Vicente Soler face aux cornus d'Hubert Yonnet. La dernière fois qu'un novillero est sorti en triomphe des arènes de Céret, c'était Luis Parra "Jerezano", en 1986. Pas mal d'entre nous n'étions même pas nés. 
Et la prochaine ? Peut-être cette année ?

Florent

(image de l'ADAC : les Raso de Portillo au campo)

jeudi 4 mai 2017

La Venta del Batán



 Ligne 10 du métro madrilène. Celle qui relie el Hospital Infanta Sofía et la Puerta del Sur. Descendre à l'arrêt Batán.
Et juste à côté, la fameuse Venta del Batán. Celle que beaucoup de jeunes aficionados auraient aimé connaître, et où étaient "jadis" parqués tous les toros des ferias de San Isidro. Un endroit isolé, à l'écart de la ville, et paisible.
Si le parc d'attractions voisin fonctionne, la Venta del Batán elle est un véritable désert. Plus récente est la fermeture de l'école taurine Marcial Lalanda, basée sur le même site. Fermée par l'actuelle municipalité, là où malheureusement la politique n'aurait jamais dû s'inviter.
Tant de grands toreros sont sortis de cette école taurine, et tant de grands toros sont passés par cette fameuse Venta del Batán. Un bel endroit... à l'abandon. 


Florent

vendredi 21 avril 2017

Le bon wagon

Ce dimanche de Pâques 2017, il y avait des corridas à Arles, Séville, Madrid, Aignan, ou même au Mexique pour les aficionados itinérants en mal d'exotisme.
À Aignan, petite commune du Gers, la table d'anniversaire avait été dressée pour l'occasion. C'était la 25ème année d'affilée qu'une corrida de toros était annoncée (bien que certaines dans l'intervalle furent annulées à cause du mauvais temps). Une intéressante exposition retraçant l'historique, avec aussi les novilladas d'avant 1993, était visible à l'office de tourisme du village. Cela fait toujours plaisir de voir une cité de toros se souvenir de ses débuts, de son parcours, bons et mauvais moments inclus.
En âge, les trois toreros à l'affiche de cette édition 2017 proviennent de la même génération. Manuel Escribano, Iván Fandiño et Emilio de Justo. Avec pour chacun un pic de forme situé à une date différente. En revanche, on peut s'accorder sur le cas des trois toreros et dire que plusieurs années durant, ils ont dû affronter la galère.
Celle de Manuel Escribano, blond torero et spectaculaire banderillero, que tout le monde avait oublié jusqu'à ce que Robert Piles le fasse ressortir de l'ombre, à l'occasion d'une corrida de Yonnet en octobre 2011 à Aire-sur-l'Adour. Idem pour Iván Fandiño, peu sollicité en France même en 2011, quand sa carrière avait déjà pris un certain envol. Le moment le plus fort de Fandiño, dans nos contrées, ce fut certainement son combat face à un sérieux toro de Fuente Ymbro en 2012 au Plumaçon, avec deux oreilles à la clé, le jour où "Jazmín" fut gracié par Tejela.
Et Emilio de Justo, lui, n'a refait surface que depuis l'an dernier, avec deux succès à Orthez et à Mont-de-Marsan. À croire que la France aide à propulser et donner confiance à ce type de toreros.
Toujours est-il qu'un jour, même s'ils n'en sont désormais pas tous au même stade de leurs carrières, ces trois toreros-là ont emprunté le bon wagon.
Dimanche, ils étaient opposés à des toros français. Trois Gallon et trois Camino de Santiago. Des toros inégalement présentés (un premier Gallon vraiment petit, des Camino de Santiago plus épais), pas mal de cornes abîmées (avec un long couloir de débarquement aux arènes d'Aignan qui peut faire des dégâts, c'était déjà le cas l'an dernier avec les toros d'Albaserrada), et douze rencontres au cheval avec peu ou pas de relief. Pour l'élevage de Gallon, dont on salue toujours la sympathie des propriétaires, les toros ont été trop faibles pour avoir quelconque consistance. Et c'est bien dommage. En revanche, les toros de Darré (Camino de Santiago) proposèrent davantage d'intérêt. Notamment le quatrième, "Ternero", numéro 92, noble et qui dura sans baisser pavillon au dernier tiers. Il est toujours intéressant de voir évoluer les élevages français, et situer leur niveau lorsqu'ils font combattre des toros adultes.
Manuel Escribano était la tête d'affiche au sens propre comme au figuré, puisque c'est un dessin de lui qui figurait sur le cartel. Escribano a été gravement touché l'an passé à Alicante par un toro d'Adolfo Martín. On le sentit encore fragile et prudent au moment des banderilles, un moment du combat dont il a fait sa spécialité par le passé. Mais à la muleta face au quatrième toro, son placement avec la muleta, sa façon de se croiser et de dominer son sujet, ont eu de quoi rassurer. Certes l'estocade était de côté et les deux oreilles généreuses, mais on a eu l'image d'un torero aguerri et guéri.
Iván Fandiño, pour sa part, ne semble toujours pas, deux ans après, s'être vraiment remis de son seul contre six à Las Ventas. Sa faena face au toro de Camino de Santiago combattu en deuxième position n'a pas été d'une grande intensité, au contraire du pasodoble Agüero interprété de manière sensationnelle par Les Armagnacs. Si Fandiño a obtenu une oreille face à cet adversaire, c'est uniquement grâce à l'estocade, un coup de canon.
Aignan, avant cette corrida, devait quand même être fière d'accueillir des toreros comme Escribano et Fandiño. Le premier a déjà été triomphateur à Séville, et le second possède une sortie a hombros à Madrid un jour où il décida de tenter le tout pour le tout, en portant une estocade sans muleta.
Emilio de Justo n'a quant à lui pas encore de corrida de référence dans une grande arène d'Espagne. Mais en le voyant déployer sa tauromachie face au sixième toro de Darré, sa classe, sa torería, ses gestes allurés, ses naturelles de face, il a largement de quoi y prétendre. Il porta, de surcroît, une estocade plus qu'engagée. Certains toreros malchanceux ont su être patients et accrocher un jour le bon wagon. Et si c'était le tour d'Emilio de Justo ? 

Florent

jeudi 20 avril 2017

Filtre gris

J'aime les toros gris. Le contraste de couleur qu'ils offrent en piste les jours de ciel bleu et de grand soleil. Mais avant tout parce qu'ils renvoient à une certaine rareté, et à des origines diverses. Plusieurs origines chez les toros, parfois même certaines auxquelles on ne pense pas au premier abord, produisent des robes grises.
Lundi à Mugron, il y avait une novillada d'El Añadío, un petit élevage basé dans la province de Jaén, au Sud de l'Espagne. Un petit troupeau, et forcément des incertitudes quant aux comportements qui en ressortent. L'an dernier à Parentis, les novillos d'El Añadío avaient globalement été abordables, affichant également un certain manque de force. Lundi, les petits frères de ceux-là ont été plus coriaces et difficiles. Et pour ceux dont l'afición se base aussi sur la découverte, ce n'était pas pour déplaire.
A Mugron, le lot de novillos semblait être divisé en deux. Trois exemplaires (1er, 5ème et 6ème) aux pelages sombres, faisant ressortir l'encaste Coquilla, et les trois autres, de couleur grise, issus de l'origine Santa Coloma – Buendía.
Des novillos déjà vivaces en coulisses, puisque certains s'abîmèrent les pointes des armures en tapant lors du débarquement. Mais des novillos à la présence indéniable une fois en piste, certains plus beaux que d'autres, mais tous généralement charpentés et de taille respectable.
Au moral, ils étaient de véritables adversaires, douze piques avec plus de violence que de bravoure, et une tendance à être avisés ensuite. Un type de novillos face auxquels il convient de résoudre les problèmes, choisir les bons terrains, faire le moins d'erreurs possibles dans la lidia, tout cela pour ensuite lever l'épée dans les meilleures conditions.
C'était cela pendant longtemps la tauromachie, et quelque part, cela devrait l'être encore, et pas seulement de façon ultra-minoritaire.
Certains évoqueront le manque de noblesse du lot. Une sorte d'obligation de résultat à sens unique. Mais le comportement aléatoire d'une corrida ou d'une novillada peut aussi produire des toros au caractère réservé et difficile. Cela existe, et dans ce cas, il faut trouver la lidia appropriée.
Grâce à son succès de Madrid le 2 avril, Angel Sánchez remplaçait Daniel García, gravement blessé au visage lors de la même novillada. On sent chez Angel Sánchez de véritables dispositions, et de la matière à faire des coups d'éclat à l'avenir, notamment face à des toros d'origine Santa Coloma, puisque c'est face à eux (chez Flor de Jara) qu'il a fait ses premières armes. Son premier novillo, qui tenta de sauter dans le callejón dès son entrée, s'avéra noble à droite et court de charge à gauche. Angel Sánchez a montré un répertoire classique et intéressant, aussi bien à la cape qu'à la muleta.
Le quatrième, Catalán, était un splendide novillo, à la robe grise et blanche. Brave à la première pique, malgré une vuelta de campana qu'il fit ensuite. En début de faena, on sentait que quelque chose allait se passer. Deux séries intenses de la part d'Angel Sánchez, et un novillo brave face à lui. Malheureusement, ce dernier se réserva aussitôt et fut ensuite plus dur. Un novillo de dix ou quinze passes vibrantes, avec de l'émotion, tandis que plein d'autres toros, parfois, n'en ont aucune. Angel Sánchez coupa une oreille.
Le vénézuélien Jesús Enrique Colombo est tombé sur un lot difficile. Tout d'abord Aliñado, un novillo gris, fort, dur, qui mit dix à quinze minutes à quitter le toril. Au cheval, il s'alluma et poussa pour de vrai. C'était un exemplaire difficile d'El Añadío, avisé, devant lequel Colombo fut sincère aux banderilles, et également à la muleta, en allant chercher les passes une à une. Son effort aurait mérité davantage de reconnaissance.
Quant au cinquième, typé Coquilla, il eut une lidia chaotique, composée de piques fortes et mauvaises, et d'innombrables coups de cape de la part de la cuadrilla. Il arriva très compliqué au dernier tiers, et c'était normal dans de telles conditions.
Enfin, le landais Baptiste Cissé débutait avec picadors. Et il s'est bien battu, car il y avait de l'adversité dans l'arène. Preuve en est la fin de son combat face au dernier novillo, qui le raccompagna et le pourchassa sur vingt mètres après une tentative avec l'épée. Il avait auparavant obtenu une oreille généreuse à son premier. Baptiste Cissé, avant d'être novillero, s'était essayé à la course landaise, ayant ainsi une certaine technique dans l'esquive pour la pose des banderilles. Une chose qui lui permit d'accentuer sa personnalité en novillada sans picadors. Lundi à Mugron, s'il n'a pas pris les banderilles, il devrait tout de même y songer de nouveau, car cela apporte toujours un plus pour un novillero. En attendant, il n'apparaît pour le moment sur aucune autre affiche de la saison 2017. Chose injuste, car la génération de novilleros français est cette année très fournie, et certains devraient avoir davantage d'opportunités. Dont Baptiste Cissé, qui a dignement débuté avec picadors ce lundi. Face à de coriaces exemplaires d'El Añadío, intéressants de par leur difficulté. Des novillos face auxquels on ne pouvait pas s'éterniser.

Florent

samedi 15 avril 2017

Ruralité

C'est bien un concept qu'ont du mal à accepter les antis-corridas en règle générale.
On aurait tort de penser qu'il existe un courant unique de pensée chez nos opposants. Pourtant, il y en a bien au moins deux. Mais très souvent, on remarque (et c'est un constat, pas une critique) qu'ils sont fondés sur des clichés. 
D'un côté, les adversaires de la corrida qui y voient seulement un spectacle à sensation indéfendable pour starlettes et "m'as-tu vu", et de l'autre côté, d'autres qui sont purement allergiques à ce qu'ils considèrent comme des paysans barbares et primitifs. 
Loins du compte dans les deux cas, et l'impossibilité pour eux, avec souvent le point de vue du citadin, de voir la corrida sous cet angle de la ruralité. Il en est pourtant une part non négligeable.
Forcément, les toros sont élevés dans des champs et pas dans des villes, et il existe également de très nombreux villages où l'on célèbre le toro et les habits de lumières. 
Avec respectivement 800 et 1.500 habitants, Aignan (Gers) et Mugron (Landes) contribuent à cette forme de ruralité et à la tradition taurine. Les deux villages, qui sont autant d'endroits paisibles, le Gers vallonné d'un côté, et le "belvédère" de la Chalosse de l'autre, donneront des courses ce week-end. Comme chaque année, deux villages parmi tant d'autres, qui n'ont jamais cherché le choc frontal en matière de culture. Deux villages qui existent sur la carte taurine et se maintiennent.    

Florent

mardi 4 avril 2017

Tout à fait Thierry

Ça part d'une idée franchouillarde. Une blague vue et revue, potache, pour ne pas dire puérile. C'est l'histoire d'un français, d'un anglais et d'un belge. À n'importe quel endroit, sur une barque, dans une remorque, à la piscine. Va savoir pourquoi, de façon injuste, dans cette histoire, c'est toujours le belge qui à la fin se viande systématiquement.
Dimanche aux arènes de Gamarde-les-Bains, dont la toiture fait penser à celle d'une piscine municipale, il y avait à l'affiche un espagnol, un français et un péruvien. Mais aucun des trois n'a commis la bourde.
Une bourde, une tuile, un peu comme si quelqu'un était l'invité de dernière minute à une grande réception, guindée, tandis qu'il ne devrait pas s'y trouver. De la lumière sur lui, comme par miracle, mais en un éclair, un pas chassé hasardeux, le voilà qu'il fait tomber par terre le bibelot à 5.000 balles. Pulvérisé en mille morceaux. Discrétion absolue de l'invité pour le reste de la soirée, et bien sûr privé de dessert.
C'est cette mésaventure qui est arrivée aux trois représentants de la course landaise face au deuxième toro de l'après-midi, Morisqueto, numéro 29, comme le Finistère. Au préalable, on peut remarquer que Thomas Dufau, grand seigneur, offre des opportunités aux toreros landais. On se souvient du superbe écart de Thomas Marty en 2015 à Orthez face à un Valdellán, et de celui de Baptiste Bordes en 2016 à Dax face à un Baltasar Ibán.
Cette fois, ce n'était pas pour un écart mais un saut périlleux. D'ailleurs, aucune annonce ne fut faite au micro avant cette performance, ni même sur l'identité du sauteur.
Alors Morisqueto sort, les toreros landais se mettent en place, et l'un d'eux le fait taper aux planches. Corne droite complètement cassée. Mouchoir vert. Rideau, et le masque sur le visage des représentants de la tauromachie du pays des échasses.
Le toro dut être estoqué en piste faute de corrales. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à la pique, il fut brave et prometteur. Dommage pour le reste !
Va pour la thèse de l'accident. Mais en cas de récidive, la présence d'écarteurs ou de sauteurs landais pendant les corridas pourrait sacrément être remise en question.
Une corne cassée, cela n'est pas rare par les temps qui courent. Il faut dire aussi que les fundas ne contribuent pas vraiment à la solidité des cornes. Cela, une analyse vétérinaire un peu poussée pourrait peut-être le confirmer.
Comme on a pu le voir sur les photos, les toros de José Cruz portaient les fundas avant leur combat à Gamarde. Elles n'ont pas été d'une grande utilité une fois en piste, car ces toros, qui ont souvent tapé aux planches, sont ressortis à chaque fois avec les pointes bien émoussées.
Au niveau de la morphologie, ces toros convenaient très bien à Gamarde. Le reproche vient donc des armures pour la plupart abîmées.
Le fer de José Cruz, ganadero décédé en 2013, est désormais géré par son fils, Rafael Iribarren (cherche un nom plus basque tu ne trouveras pas). Une origine Daniel Ruiz qui a entièrement succédé au Barcial qu'il y avait encore il y a près de quinze ans et qui était notamment venu à Parentis.
Chez le Daniel Ruiz de José Cruz, il y a de tout. Je me souviens d'un exceptionnel novillo en 2009 dans les anciennes arènes d'Arnedo, "Alocado", brave et encasté, et qui avait eu un juste tour de piste. Les autres, malheureusement, avaient été faibles ou invalides ce jour-là.
Sa présence à Gamarde, Rafael Iribarren la devait à ses bonnes sorties dans le Sud-Ouest en novilladas avec et sans picadors. L'opportunité lui était donc donnée de faire combattre des toros adultes. Et au final, un peu la même sensation qu'à Arnedo il y a huit ans. Des toros intéressants (le 2ème qui fut changé, le 2ème bis et le 6ème) et des toros faibles, marchant sur des oeufs (les quatre autres).
Pour ouvrir cette première corrida de l'année 2017 en France, il y avait l'omniprésent Curro Díaz, qui à bientôt 43 ans, est capable de s'adapter à toutes les situations. Et parfois même des très dures. Rien ne semble atteindre ou perturber son calme. Pas même deux terribles accrochages avec la corne du toro au niveau du gilet en 2016 à La Brède et à Céret, au moment de l'estocade, ou ceux du mois d'octobre dernier à Madrid. On sait, également, que Curro Díaz était le chef de lidia lors de la triste et tragique corrida de Teruel le 9 juillet dernier.
À Gamarde, face à deux toros qui n'avaient absolument rien d'exceptionnel, un premier noble mais très faible, et un second qui l'était un peu moins, c'est l'élégance qui a fait la différence. Une faena à mi-hauteur, douce, avec des gestes limpides et sans accroc. Avec une opposition plus vivace, on peut être sûr qu'il aurait aussi su s'adapter. Deux oreilles discutables, à cause d'un mete y saca qui avait atterri très bas lors du premier jet avec l'épée.
Thomas Dufau a la capacité dans les Landes d'amener du monde aux arènes. Cela a encore été le cas dimanche, puisque la placita couverte de Gamarde affichait pratiquement le plein. Pour le reste, on a senti que son hiver avait été long. De l'envie, de nombreux enchaînements, mais aussi de la précipitation et des faenas trop allongées dans le temps. À noter qu'il fit tout de même une larga cambiada très exposée face au deuxième bis. Oreille à son premier, et oreille plus généreuse à son second, demandée par un public qui ne voulait pas le voir quitter les arènes à pied.
Et puis, il y avait aussi le péruvien Joaquín Galdós. Méconnaissable. Rappelons qu'en 2015, il avait réalisé une excellente saison en tant que novillero dans le Sud-Ouest, parvenant même souvent à faire jeu égal avec Roca Rey ! Le souvenir d'un jeune torero centré, très dominateur, et parvenant à transmettre au public. Face à ses deux toros de José Cruz, le premier quasiment invalide et le second très intéressant, brave en deux piques et avec de la caste, il a été très loin de l'image souvent donnée il y a deux ans. Cette fois, il fut, chose inquiétante, assez impersonnel. Une oreille cadeau au dernier face auquel il fut dépassé. 160 minutes de jeu au total. Et entre la corne cassée du deuxième et l'oreille généreuse du dernier, les toreros landais n'avaient pas pointé le nez...

Florent

samedi 1 avril 2017

Du nouveau à Bordeaux...

Alain Lartigue, avocat de profession, et qui avait en son temps été l'une des chevilles ouvrières de la tauromachie à Floirac, vient de recevoir en tant qu'organisateur de spectacles taurins une concession afin d'exploiter au niveau tauromachique la nouvelle "Bordeaux Métropole Arena", située sur la commune de Floirac, et qui est actuellement en travaux.
Après pas mal de concertations, il a reçu l'appui de personnalités politiques locales, telles Alain Juppé, maire de Bordeaux.
Par ailleurs, la nouvelle enceinte (de 11.000 places) est l'oeuvre de Rudy Ricciotti, architecte marseillais, aficionado, et qui avait entre autres réalisé le décor des arènes pour la corrida goyesque d'Arles en septembre 2013.
Alain Lartigue, quant à lui, y a prévu de programmer des corridas à partir de cette année, mais pas avant la fin de saison, le temps que les installations et la configuration "arène" soient prêtes.
Le retour des corridas sur la commune de Floirac ne contredit pas le principe de "tradition taurine ininterrompue", puisque si l'on se fie à la jurisprudence, Carcassonne avait récupéré les corridas en 2002, alors qu'il n'y en avait plus eu depuis 1954.
Peu de choses ont été révélées pour le moment sur la structure des corridas qui auront lieu dans la Bordeaux Métropole Arena. Toutefois, le matador arlésien Mehdi Savalli devrait faire partie de la corrida inaugurale, car il est le dernier à avoir estoqué un toro dans les anciennes arènes de Floirac, un exemplaire de Mercedes Pérez-Tabernero en 2006.
A la présidence, il y aura certainement le chroniqueur taurin Vincent Bourg dit "Zocato", qui le 25 octobre 1987, assurait cette fonction, lors d'une corrida de Samuel Lupi pour Ruiz Miguel, Nimeño II et Miguel Sánchez Cubero. A l'époque, c'était déjà le retour des toros à Bordeaux, et la première de Floirac.

Florent   

dimanche 12 mars 2017

Make tauromaquia great again ?

"Fusilero" de José Vázquez, le premier toro gracié de l'année 2017 en Europe, ce samedi après-midi à Illescas (Tolède). Mais surtout une image qui en dit long...
Cette photo parue sur le site Mundotoro montre des gradins dont l'attention est détournée du toro auquel on vient d'accorder l'indulto. On devine ces spectateurs, dans leur majorité, aux yeux rivés sur José María Manzanares qui vient de finir sa faena, mais qui n'ont pas de réel engouement pour le petit toro encore en piste. Comme un tableau de peintre que l'on pourrait intituler "Les gens s'en foutent".
L'indulto en tauromachie (dans la théorie, pas dans les faits de ces dernières années...) est pourtant quelque chose de mystique et d'idyllique. Un toro rare, exceptionnel, que l'on n'est pas sûr de revoir dans sa vie d'aficionado.
Mais sur cette photo là, il n'y a absolument rien de rare. Le public semble bien plus passionné par ce que vient de faire Manzanares que par le comportement du toro gracié. D'ailleurs, sur les chroniques déjà parues, on ne sait même pas ce qu'a donné ce "Fusilero" au moment de la pique, ni même s'il a vraiment été brave.
Comble de la décadence, en callejón, deux badauds agitent la main comme s'ils appelaient une vachette d'Intervilles. Alors que ce toro gracié devrait être un modèle de toro brave, de toro de combat, pas un faire-valoir que l'on galvaude de cette façon.
A l'affiche, il y avait la réapparition pour un jour du sévillan Pepe Luis Vázquez, avec Morante de la Puebla et José María Manzanares. Un cartel pour faire joli, des arènes pleines, le succès médiatique assuré. Mais au-delà du fait de remplir les arènes et d'obtenir l'équilibre économique, il serait quand même dommage de ne pas approfondir les choses.
Dans le cas contraire, ce sont les non-événements comme cet indulto qui fleurissent...

Florent