mercredi 7 juin 2017

La lidia d'Octave

Costume gris plomb et or soutaché de noir. Samedi à Vic-Fezensac, sous une pluie intermittente, c'était Octavio Chacón, torero andalou de 33 ans. Cela faisait un petit moment qu'il n'était pas venu dans une arène du Sud-Ouest, car sa dernière sortie eut pour cadre une novillada de Fuente Ymbro, en 2002 à Saint-Sever !
Octavio Chacón fait partie de la liste des toreros qui auraient pu échapper au regard l'aficionado, mais qui la trentaine venue, ont eu un déclic et se retrouvent de nouveau sur les affiches. Celui de Chacón remonte à la fin de l'année 2014, avec une corrida d'Escolar Gil dans la province d'Avila.
Il est toujours intéressant de regarder le parcours de ce type de toreros. Plus que des parcours, des modes de vie. Celui qui a conduit Octavio Chacón à aller toréer plusieurs fois par an au Pérou, à cause de contrats manquants sur notre continent, sauf rares exceptions.
Il n'est pas anodin qu'un torero aille au Pérou par passion, pour pouvoir continuer à s'habiller de lumières et à rêver de triomphes. Là où les toros sont plus petits, mais où certaines plazas culminent parfois à 3 ou 4.000 mètres d'altitude et sont souvent, pour ne pas dire toujours, dépourvues de blocs opératoires. Beaucoup de toreros espagnols, et même français, y sont allés en quête d'opportunités. Le Pérou des fortunes diverses. Celui de David Gil, matador espagnol surnommé "le torero des Andes", ou encore celui tragique de José Reina Rincón, assassiné et retrouvé sans vie au début de l'été 2002.
S'il continue dans la lignée de ses dernières sorties européennes, Octavio Chacón ne devrait pas avoir à se rendre au Pérou pour meubler ses saisons. Car il devient, petit à petit, un des noms indispensables dans le créneau des corridas les plus sérieuses et exigeantes.
Sa prestation face aux toros de Dolores Aguirre ce samedi a confirmé cette tendance.
La sensation d'un torero en forme, qui mise sur une lidia complète, et dont le sitio est tel qu'on a l'impression que rien ne peut lui arriver. Le début de combat face au deuxième toro de l'après-midi, Carafea III, plus tard honoré d'un tour de piste diversement apprécié, était un modèle du genre. Tout semblait parfait, l'accueil à la cape, la sérénité, et aussi de jolis détails, comme une demi-véronique et une revolera. Octavio Chacón, qui substitua Paulita dans le rôle du chef de lidia, mena à quatre reprises Carafea III face au picador Juan José Esquivel. Esquivel, fidèle picador de Rafaelillo, habitué aux batailles, dont celle de 2010 à Céret, dont reste aujourd'hui une mythique photo de François Bruschet, avec un cheval propulsé sur les cornes d'un toro portugais de Manuel Assunção Coïmbra.
La caste du toro de Dolores Aguirre, au pelage burraco, donnait une très grande intensité. À l'exception de l'emplacement de plusieurs piques, le quatuor toro, matador, picador, cheval semblait fonctionner à merveille. Ce fut un très grand tiers de piques.
Le brave Carafea III de Dolores Aguirre baissa d'un ton à la muleta, mais Chacón avait continué avec le même panache de lidiador, des cites de loin, un superbe remate de la main gauche à la fin d'une série droitière, entre autres. Peut-être que certains effets étaient de trop, en revanche, ce qui est certain, c'est qu'Octavio Chacón a toréé avec une immense envie et sans tricher. Comme les toreros en forme quand ils ont évacué tous les doutes. Et la façon d'entrer droit avec l'épée, au moment de vérité, était elle aussi sensationnelle.

Florent

(Image de Laurent Larrieu, Campos y Ruedos)

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