mercredi 19 juillet 2017

La rançon du succès

Céret, Fernando Robleño, Alberto Aguilar, et les toros de José Escolar Gil, une formule déjà connue et même gagnante.
Plusieurs fois, avant cette corrida de dimanche, les deux toreros et l'élevage avaient coïncidé sur la même affiche.
L'élevage d'Escolar est quant à lui le plus prisé à Céret, et on pouvait en avoir le coeur net en lisant le papier de Richard Roigt publié dans la revue Toros et repris dans le livret de présentation de la feria.
Céret, Escolar, Robleño, Aguilar, la première rencontre, c'était en 2010. Depuis, avec l'évolution progressive des moyens de communication et des réseaux sociaux, on parle de Céret de Toros de manière croissante chaque année.
Toujours plus d'engouement, avec même pour cette année 2017 la télé en direct ! Dimanche aux arènes, il y avait le plein ou pas loin, avec un public franchement plus sympa et conciliant avec les toreros que pour les autres courses de la feria. La prime aux habitués.
Sept ans après la première rencontre, il semblerait que les rôles se soient inversés, puisque cette fois c'est Alberto Aguilar qui est sorti en triomphe.
Impossible, avant même un nouveau paseo, d'oublier cette corrida de 2010. Il y avait, cet après-midi là, une toile grise au-dessus du Vallespir. Et une exceptionnelle corrida de José Escolar Gil. Fernando Robleño avait touché un lot encasté, mais pas le plus périlleux, parvenant tout de même à sortir en triomphe avec une et une oreilles. Mais c'est Alberto Aguilar qui chez les toreros avait lors de cette corrida laissé une immense impression. Emmené à l'époque par Fernández Meca, il avait réalisé un total de trois tours de piste acclamés. Seulement trois tours de piste, à cause de ses échecs avec l'épée. Mais alors quelle puissance dans ses combats, tout d'abord face à un toro dur, et ensuite face à Cuidadoso, un grand et superbe toro d'Escolar, bravissime. Alberto Aguilar avait dédié ce toro au vicois Jean-Jacques Baylac, qui s'en alla à peine quelques mois plus tard. Car à Vic, avec un triomphe en nocturne en 2008 face à des toros de Darré, Aguilar avait pu relancer sa carrière, avant d'en obtenir un autre à Pentecôte 2010 devant des Palha.
Mais comment faire mieux et exceller autant qu'en 2010 ?
Dimanche, la corrida de José Escolar était bien présentée, finement armée et dans le type Albaserrada. A la pique, les toros allèrent 17 fois sans être braves et sans pousser, les deux piques les plus ovationnées par le public étant les plus légères et les plus symboliques, au premier et au quatrième. Des toros, par la suite, inégaux en comportement. Cela faisait penser à certaines voire beaucoup de corridas de Victorino Martín.
La Cobla Mil.lenaria joua très bien, même au-delà de son répertoire classique, avec des morceaux comme España Cañí, Gallito ou En er mundo. Et dans les cuadrillas, on releva l'excellente prestation de l'ancien matador Iván García.
C'était la vingtième corrida cérétane de Fernando Robleño, dans un costume rouge et noir, et chose particulière, il le fit avec la montera à la main. On put apprécier, pendant ses combats, les conseils prodigués par son apoderado Rafael Corbelle, ancien banderillero, et qui n'eut jamais de mots brusques. Que de bons conseils, ce qui change de beaucoup de trépignements habituels dans l'entourage des toreros. Robleño eut des moments intéressants face au premier, encasté et noble, puis fit l'effort de tenter d'allonger la charge de l'exigeant troisième. Le cinquième, haut et armé, se retrancha et sembla perdu dans l'arène après trois mauvaises piques. Et là, Fernando Robleño tenta tout, le maximum. A chaque fois, il estoqua mal et dut quitter son arène fétiche à pied sous ce qui était quand même une ovation affectueuse.
L'après-midi d'Alberto Aguilar était mal engagé à la vue de son combat initial. Le torero fut débordé face à un toro vite compliqué et avisé. On se disait qu'il ne rééditerait pas sa bonne prestation de l'an dernier face aux toros de Moreno de Silva, quand un trophée lui fut refusé malgré une très forte pétition. Et là, en cette nouvelle corrida, c'était pourtant la même présidence.
Aguilar décolla seulement en fin de faena face au noble quatrième, qu'il termina fort avec de belles naturelles. C'est une première épée habile qui lui permit de couper. Quant au combat du sixième, noble, encasté, et aux charges longues avec de la transmission, Aguilar eut là aussi des moments alternatifs, semblant parfois même trop distant de la bête. Son salut et son triomphe, il les dut probablement à un spectateur qui lui demanda de terminer par une série gauchère. Autre épée efficace, et triomphe avec certains airs de hold-up. Alberto Aguilar venait d'obtenir une sortie en triomphe à Céret le jour où on ne l'aurait absolument pas attendu.
S'en suivit un final épatant que l'on trouvera un poil triomphaliste. Quatre tours de piste.
Une vuelta au toro, qui n'était pourtant pas un toro de bandera... il faut d'ailleurs souligner que deux spectateurs demandèrent même l'indulto en fin de faena.
Une vuelta du torero avec l'oreille.
Une vuelta du torero avec le mayoral... qui dans un geste un peu inélégant s'est immiscé en piste alors que Robleño quittait l'arène sous l'ovation.
Et une vuelta finale du torero porté en triomphe, avec le mayoral collant à pied derrière le peloton.

Florent  

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