vendredi 4 août 2017

Cuadri en zone portuaire

Azpeitia fait partie de ces arènes du Nord de l'Espagne qu'il faut un jour découvrir. Si possible par temps maussade, cela donne davantage de cachet, de charme et d'authenticité. Dans la grisaille, les couleurs et l'ambiance prennent tout leur caractère.
Bruine, brume, nuages bas, atmosphère de docks, de ports de pêche nordiques. Avec de jolies arènes datant de 1903, un paysage montagneux bercé d'un air océanique, puisque les vagues sont à seulement quinze kilomètres.
Un cadre old school, à part, avec aux fenêtres du couvent la bienveillance des bonnes soeurs regardant religieusement la course se dérouler.
Lundi, c'était Cuadri. Un pavillon dont les toros figurent parmi les plus imposants et les plus costauds. Cargos épais qui naviguent peu de fois par saison. La camada est courte, les corridas de Cuadri sont rares. Toros corpulents, et dont il existe seulement deux robes possibles : le noir qui est quasiment systématique, et le castaño qui est peu fréquent. Jamais en revanche, on ne verra la moindre tâche blanche sur un toro de Cuadri.
Toros du Sud de l'Espagne, pour lesquels on entend parfois prétendre (à tort) qu'ils sont des épaves, lourdes et figées pendant toute la durée du combat. La réalité, elle, dément ce postulat. Quand débarquent les toros de Cuadri, du fait de leur irrégularité, on ne peut jamais savoir à quoi s'attendre.
Ceux d'Azpeitia, s'agissant d'une arène de troisième catégorie, n'étaient logiquement pas de premier choix. Charnus, dans le type de la maison, annoncés entre 560 et 620 kilos, avec des cornes sans rien d'effrayant, et même plusieurs pointes abîmées.
Cuadri est une ganadería habituelle à Azpeitia. Et quand on parle des toros de Cuadri, on les imagine imposants, et on les rêve fiers et forts dans leurs charges, puissants, braves, encastés et mobiles.
Le ton majoritaire de la corrida d'Azpeitia aura été la noblesse. Plusieurs toros permettaient parfaitement de repartir avec des trophées. Six toros, un renvoyé aux corrales (le cinquième titulaire) car invalide. Des toros assez discrets en onze piques.
Trois heures de course, et en intermède, une fois le troisième toro tombé, ce fut le fameux "Zortziko", mélodie funèbre en hommage au banderillero José Ventura Laca, tué à Azpeitia en 1846.
Les Cuadri ont navigué sur le sable humide d'Azpeitia, pas avec la puissance qu'on aurait pu espérer d'eux, mais avec certaines autres particularités qui en feront toujours des toros intéressants. Un élevage rare, unique, à préserver et qu'il ne faut pas enterrer.
La corrida a commencé avec un premier toro très noble, face auquel Paulita, bien aimé à Azpeitia, a servi une faena allurée mais un peu lointaine, suffisante pour obtenir une oreille. Le quatrième, seul castaño du lot, permettait autant d'options de triomphe.
Le jeune colombien Sebastián Ritter, qui a peu de contrats, s'est entêté dans les cornes avec un premier adversaire maniable et un autre durement piqué et vite arrêté. Des épées basses à chaque fois. Mais coup de pouce des organisateurs qui lui ont filé un trophée à la révélation de la feria.
Et puis il y avait également Alberto Lamelas. Avec toujours autant de générosité dans ses efforts, tout d'abord devant un premier toro qui avait été le plus brave au cheval, noble ensuite sur la corne droite. Le cinquième Cuadri, lui, fut bien plus défensif. Et dommage que les épées d'Alberto Lamelas aient tardé à faire effet.
Il y a tant de choses perfectibles dans sa tauromachie. Mais l'essentiel est là, la volonté, le courage, ce désir de toréer à tout prix, et s'exposer face au toro. Une exceptionnelle réception à la cape devant le cinquième, avec des véroniques, et pour conclure : une larga à genoux, un farol, et une revolera ! Explosif. Revenait l'image de celui qui il y a dix ans était alors novillero. Au cours de l'été 2007, tandis qu'il était un inconnu ou presque, il marqua les esprits dans une autre plaza aux airs d'Atlantique. Parentis, une novillada de Raso de Portillo, le 5 août 2007. Le genre de courses où sont voués à se rendre ceux dont on prédit cruellement qu'ils ne feront pas carrière. Injuste monde des toros. Mais parfois, se pointent des hommes vêtus de lumière avec une détermination d'enfer. Inconnus au bataillon, mais avec l'envie de marquer les esprits, même si en piste la houle est forte. Alberto Lamelas fait partie de ceux-là. Et parce que cette course de 2007 à Parentis, comme d'autres depuis (Vic 2014 pour la plus célèbre), sont purement inoubliables.
Ce sont ces destins-là les plus beaux en tauromachie. Arriver complètement inconnu sur le sable des arènes, et devenir des années plus tard un visage incontournable. Pourvu que ces histoires-là continuent d'exister, encore, car ce sont elles qui contribuent au futur et à la grandeur du monde des toros.

Florent

1 commentaire:

  1. Bonsoir,
    J'avais découvert Alberto Lamelas en août 2006 lors de la traditionnelle (à l'époque) novillada d'été. Au cartel avec lui, si mes souvenirs sont bons, Antonio Joao Ferreira et El Payo. Face à eux des novillos de Valdellan qui, si mes souvenirs sont toujours bons, faisaient leur présentation en France.
    Novillada angoissante en piste et sur les gradins avec des novillos-toros forts, puissants, semant la panique dans le ruedo.
    A force d'obstination et de courage Alberto Lamelas est peut-être en train de se gagner une place dans un circuit difficile certes, mais son actuacion d'Azpeitia a confirmé tous les progrès réalisés. Il fut pour moi, de très loin le meilleur lundi dernier.
    Il lui reste à progresser avec l'épée et le descabello.
    Suerte torerazo!
    Beñat

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